
Paradoxalement, depuis que Freud a montré dans les Trois essaisque tout enfant était un « pervers polymorphe » et que la sexualité humaine était, en son fond, perversion de l’instinct, la perversion proprement dite a été relativement négligée par la psychanalyse. S’il y a du pervers en chacun, alors qu’est-ce que la perversion ?
Pour renouveler la question, il fallait aborder la perversion dans ses figures concrètes – fétichisme, masochisme, pornographie – et surtout en termes de relation plutôt que de « pulsions partielles ». Telle est la perspective adoptée par Masud Khan dans ce livre qui traite donc de la relation perverse.
Cette relation peut s’effectuer avec un partenaire – et la volonté de pouvoir, l’obtention d’une complicité sont alors déterminantes – ou avec un objet, ou encore avec un fantasme généralement stéréotypé. Dans tous les cas, le sujet est aliéné de lui-même et de l’objet de son désir : un « objet-collage interne » est toujours interposé et l’autre n’est qu’une absence. D’où les égarements et la souffrance du pervers qu’on trouvera ici évoqués de manière saisissante, à travers de nombreuses histoires de cas – autant de contes cruels – où s’affirme un exceptionnel talent de narrateur.
Auteur : Masud Khan
Traduit de l’anglais par Claude Monod.
Préface de Victor Smirnoff.
Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard
Parution : 12-11-1981