Éditorial

Septembre 2019

Il y a cent ans prenait fin la première guerre mondiale. Entreprise de destruction massive, humaine et matérielle, aux proportions inégalées dans l’Histoire. Les progrès de la science et de la technique mis au service de la barbarie. Faillite des valeurs culturelles censées garantir l‘évolution des sociétés humaines vers un toujours plus d’humanité. Les hommes seraient-ils animés par une irrépressible pulsion à anéantir ce qu’ils ont construit laborieusement, à s’autodétruire, à répéter inlassablement dans leurs rêves, leurs symptômes, leurs conduites individuelles et collectives des expériences source de souffrance, d’échecs, d’anéantissement ? Cette guerre a fait des millions de morts et aussi engendré des milliers de soldats souffrant après coup de « névroses de guerre ». Pathologie mettant spectaculairement en actes cette compulsion à répéter sans fin ce que le sens commun voudrait qu’on efface de sa mémoire. Sans oublier qu’elle fut suivie d’une épidémie qui détruisit en quelques mois plus de vies que la guerre elle-même. Il faut pouvoir imaginer l’état de désolation de l’Europe au terme de ces deux premières décennies du siècle passé.

C’est dans ce contexte que Freud établit des liens entre les retombées matérielles, culturelles et psychiques de cette première des catastrophes collectives marquant le vingtième siècle, et ce que son expérience des difficultés et des échecs rencontrés dans certaines cures l’a amené à concevoir comme « compulsion de répétition », « névroses d’échec et de destinée », « réactions thérapeutiques négatives », autodestruction mélancolique, soit une « diabolique » insistance humaine à se complaire dans le pire, face à laquelle la méthode analytique rencontre souvent ses limites.

Ce que l’on désigne par le « tournant des années vingt »  se réfère aux remaniements métapsychologiques et à ses incidences pratiques, auxquels Freud est donc contraint. Élaboration d’une seconde topique, prise en considération d’un « au-delà du principe de plaisir », remise en question des termes de la conflictualité psychique avec l’hypothèse de l’existence d’une pulsion de mort.

La psychanalyse, à chaque époque, est inscrite dans une histoire, un environnement culturel, économique, politique, scientifique. Et ce contexte retentit sur le rapport que les analystes entretiennent avec les héritages freudiens et post freudiens, sur les formes de souffrance auxquelles ils sont confrontés, oscillant entre la tentation de sacrifier la spécificité de l’acte analytique sous prétexte d’adaptation aux évolutions sociales contemporaines ou le risque inverse d’en négliger leur impact voire d’en ignorer leur existence. Dans le contexte de ce centenaire, il peut s’avérer pertinent de s’interroger, sur les expressions contemporaines individuelles et collectives de cet « au-delà » du principe de plaisir.

L’Association psychanalytique de France poursuit une réflexion qui, précisément, s’efforce de penser ces incidences. De quelles façons l’actuel des inquiétudes, des espoirs, des révolutions scientifiques et techniques, des transformations idéologiques, influe-t-il sur les formes cliniques que nous rencontrons dans notre activité d’analyste ? Comment remet-il en question nos repères en nous confrontant à des points d’achoppements nouveaux ? De quelles façons les bouleversements contemporains dans les modes d’échange et de communication retentissent-ils sur nos façons de concevoir la pratique des cures et des supervisions, sur le respect des exigences éthiques auxquelles nous souscrivons, sur les modalités de la transmission propre à la psychanalyse, sur les politiques institutionnelles destinées à les mettre en œuvre ?

Ces différents domaines de réflexion se concrétisent par des initiatives de l’Association et de l’Institut de formation dont certaines sont réservées aux membres et analystes en formation et d’autres ouvertes au public : ainsi les Rencontres de septembre 2019 à Paris dont le thème est Le rêve et ses interprétations, de même pour des activités organisées par des membres de l’APF en Province : à Nantes en décembre sur le thème Troubles dans la sexualité, à Lyon en mars 2020 avec Rivages de la nostalgie.

Pour les activités internes à l’Association, les cycles des samedis-débats dont les conférences, rappelons-le, sont confiés à des analystes en formation, le thème choisi pour 2019/2020 est Actuel des névroses. Les entretiens de psychanalyse de décembre 2019 seront consacrés à La déformation et ceux de juin 2020 : Le plaisir et au-delà si affinités.

Rappelons aussi que l’APF s’est dotée depuis le début de l’année 2019 d’une revue semestrielle au titre évocateur : le Présent de la psychanalyse.

Le « Présent » ouvre ses pages aux travaux réalisés par des membres ou analystes en formation à l’APF mais ni exclusivement ni systématiquement. Le premier numéro portait le titre Meurtre de la mère, le deuxième (septembre 2019) s’intitule Folies de la norme, le numéro trois en janvier 2020 aura pour titre : Le refoulement en héritage.

Claude Barazer

Agenda

Point d'incidence du samedi 8 décembre

Rencontre avec Jorge Canestri et Laurence Kahn

  • Fondation Dosne-thiers de 10 heures 15 à 12 heures 30

La discussion entre Laurence Kahn et Jorge Canestri sera l'occasion d'approfondir ce que la psychanalyse peut dire de sa scientificité, de l'orientation de la recherche et des implications que cela a dans la formation. Jorge Canestri, actuel président de la FEP, s'intéresse aux questions épistémologiques liées à la psychanalyse et aux problèmes de la recherche dite scientifique. Il a préfacé la traduction en anglais du livre de Laurence Kahn Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne. Il n'est pas nécessaire de rappeler l'intérêt de Laurence Kahn pour ces questions.
 

  • samedi 18 janvier 2020
  • samedi 14 mars 

Folies de la norme (2019)

Emprise des normes ou disparition des normes ? Nous sommes aujourd’hui confrontés à des bouleversements dont la violence paradoxale ébranle nos repères théoriques et cliniques : les nouveaux usages de la notion d’identité trouvent des résonances flagrantes entre trouble du sujet et malaise dans la culture, dans les institutions comme les sociétés. […]