Éditorial

Avril 2020

L’APF s’efforce de composer avec les contraintes qu’impose la situation de pandémie, afin d’assurer ce qui constitue sa raison d’être : favoriser un partage d’expériences et d’élaborations théoriques entre analystes qui, au-delà de leur diversité se sont reconnus dans l’histoire et les valeurs de cette Association. D’autre part, former de nouvelles générations de praticiens par le biais des activités proposées par son Institut de formation et selon des modalités qui lui sont propres. Tout cela est précisément développé dans la partie « Accueil » de ce site (l’APF).

Les mesures sanitaires, confinement, distanciation sociale, étaient indispensables pour ralentir la progression d’une pandémie causée par un virus qui s’est avéré plus contagieux et dangereux qu’attendu et contre lequel il n’existe pas encore de traitement ni de vaccin.

Ces précautions qui aboutissent à sévèrement limiter les contacts directs entre personnes, ont, par là même, une incidence majeure sur la possibilité de pratiquer la psychanalyse « en présence » dans le cadre habituel du cabinet.

Dans ces circonstances il revient à chacun de choisir une solution en fonction de ses positions théoriques et éthiques, de l’impératif d’assurer une continuité de la cure avec certains patients, plus qu’avec d’autres ainsi que des obligations et restrictions imposées par les pouvoirs publics.

Une forte proportion de praticiens, sans doute la majorité, s’est alors tournée vers le téléphone ou les outils numériques.

La « remote analysis » n’est pas nouvelle mais a depuis longtemps suscité de très grandes réserves, voire une radicale opposition, chez la majorité des psychanalystes, toutes tendances confondues, singulièrement en France. Et cette opposition s’étend parfois aux « remote supervisions » dont l’expansion fut à la mesure de l’ouverture à la psychanalyse de nouveaux continents.

Les objections aux méthodes à distance sont fondées, pour l’essentiel, sur les conséquences jugées négatives de la disparition d’une des composantes essentielles de la méthode : la coprésence « en chair et en os » de l’analyste et du patient à chaque séance. On peut en effet s’interroger sur ce qui est ainsi perdu de ce qui constitue les ressorts de la dynamique analytique, lorsque l’autre se réduit à une voix au bout du fil, un visage sur un écran. Perte de ce que cette proximité physique, d’autant plus séductrice, qu’elle est asymétrique – l’analyste tend vers l’impersonnalité, s’abstient de répondre au manifeste de la demande – peut mobiliser de désirs et de craintes d’origine infantile, actualisés dans les mouvements transférentiels et rigoureusement soumis, des deux côtés, à l’interdit d’un passage à l’acte. Dans le « à distance » « l’impossible » se substitue à « l’interdit » et cela n’est pas sans conséquences sur un des ressorts essentiels du processus : la frustration.

Il serait très hasardeux d’anticiper qu’une fois la parenthèse du confinement refermée, tout pourrait recommencer « comme avant » : le partage d’expérience avec nombre d’analystes, qui jusqu’alors réfutaient cette pratique, pourrait permettre à ce débat de prendre une dimension nouvelle. Débat essentiel, dans la mesure où il concerne ce que partout dans le monde où la psychanalyse existe, certains considèrent comme une opportunité à saisir sans réticence pour répondre aux réalités du monde contemporain là où d’autres y voient l’amorce d’une redoutable dérive.

L’impératif de « distanciation » retentit aussi sur toutes les formes de réunions auxquelles les psychanalystes ont recours, pour satisfaire leur pratique d’échanges et de formation, depuis les supervisions jusqu’aux colloques réunissant un grand nombre de personnes, en passant par les séminaires et les groupes de travail.

L’APF, depuis ses origines et plus particulièrement à partir du moment où elle a mis en question la notion d’analyse didactique, s’est attelée à inscrire cette dimension de la formation, qui conjugue analytique et didactique, au principe de tous les dispositifs de transmission proposés par l’Association. C’est une des caractéristiques de ce qui a été désigné comme le « modèle français » de formation auquel l’APF souscrit pleinement.

Les échanges « à distance » tendent-ils à neutraliser cette subtile dialectique entre analytique et didactique pour promouvoir des modes de transmission de nature essentiellement académique, ceux qui ont cours dans les colloques universitaires où la composante « intellectuelle », le rapport au savoir, l’appel aux rationalités manifestes, n’accordent que peu d’espace à la reconnaissance et à l’élaboration pour chacun des multiples formes de l’imprévu et du transfert impliqués dans l’échange des connaissances ? Là encore c’est le débat « après-coup », à distance de l’événement traumatique qui apportera quelques lumières.

L’incertitude massive et généralisée qu’il génère est sans doute une des caractéristiques à porter au compte de ce nouveau virus. Les anticipations sur l’après-pandémie, telles qu’elles circulent sur les forums et réseaux sociaux, oscillent entre deux extrêmes sans qu’aucun argument ne permette pour l’instant de départager le probable de l’improbable : un « plus rien ne sera comme avant » décliné dans sa version catastrophiste de la crise ou, à l’inverse dans sa version optimiste : l’espoir de transformations positives et à l’autre extrémité un « tout reviendra très vite comme avant » aux accents rassurants ou désabusés.

Cette alternative est perceptible aussi dans ce qui s’échange dans les divers groupes de discussion récemment créés par les psychanalystes à cette occasion : « qu’est-ce que la pandémie va faire à la psychanalyse ? » Au-delà de ce qu’elle lui a déjà fait.

Sans doute toutes ces anticipations, qu’elles soient pessimistes ou optimistes sont-elles indispensables, moins pour leurs valeurs prédictives, que comme témoignant d’une nécessité au présent : composer avec la brutale survenue d’un événement traumatique aux dimensions planétaires.

Nous publierons dès que possible sur le site des informations concernant les prochaines activités ouvertes organisées par l’APF initialement programmées pour le second semestre 2020 :

Les analystes de l’APF à Lyon : 28 mars 2020 sur le thème La nostalgie, et après ? est reportée au samedi 6 mars 2021.Intervenants : Hélène Hinze, Kostas Nassikas, Dominique Suchet, introduction par Sandrine Boivin.
Rencontres de septembre : initialement prévue 19 septembre 2020 sur le thème Au fil des traces est reportée au samedi 18 septembre 2021. Intervenants : Philippe Charlier (archéo-anthropologue), Françoise Laurent, Jean-Michel Levy, Jean-Michel Rey (philosophe), directrice de discussion Laurence Kahn.
Journée de l’APF à Bordeaux  : initialement prévue le 28 novembre 2020 sur le thème La fabrique du symptôme, est reportée au samedi 27 novembre 2021. Intervenants : Bernard Basteau, René Dinant, Jean-Claude Rolland. Dicutants : Brigitte Hüe Pillette et Éric Jaïs.

Claude Barazer

Agenda

Point d'incidence du samedi 8 décembre

Rencontre avec Jorge Canestri et Laurence Kahn

  • Fondation Dosne-thiers de 10 heures 15 à 12 heures 30

La discussion entre Laurence Kahn et Jorge Canestri sera l'occasion d'approfondir ce que la psychanalyse peut dire de sa scientificité, de l'orientation de la recherche et des implications que cela a dans la formation. Jorge Canestri, actuel président de la FEP, s'intéresse aux questions épistémologiques liées à la psychanalyse et aux problèmes de la recherche dite scientifique. Il a préfacé la traduction en anglais du livre de Laurence Kahn Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne. Il n'est pas nécessaire de rappeler l'intérêt de Laurence Kahn pour ces questions.
 

Pulsion(s), encore ?

  • samedi 16 janvier 2021

La pulsion pour quoi faire ? Ce fut le titre quelque peu provocateur d’une journée organisée par l’APF en 1984. Il s’agissait alors d’en découdre avec ce concept cardinal de la métapsychologie, en offrant à tous la possibilité de partager la passion des débats qui animait notre Association : de “l’objet source” selon Laplanche au “Moi- peau” d’Anzieu, en passant par “l’intentionnalité des actions” d’après Widlöcher. […]

– Vous croyez ? (2020)

Nous n’en avons jamais fini avec la croyance : cette question s’inscrit depuis Freud dans une longue lignée de textes analytiques.
Le retour du religieux, qui peut se manifester aujourd’hui sous les modalités les plus archaïques et les plus mortifères, montre combien les croyances mettent en oeuvre une formidable résistance à ce qui pourrait les déconstruire. […]