Éditorial

Novembre 2018

L’Association psychanalytique de France crée sa revue. Elle aura pour titre Le présent de la psychanalyse. Elle paraîtra deux fois par an, en janvier et en septembre, à partir de janvier 2019.
Le projet de revue, lancé par le Conseil d’Administration présidé par Jacques André, fut impulsé par le Comité de Publication et son Directeur, Patrick Merot.
La relation de l’APF avec les revues est une longue histoire ! Dès sa fondation en 1964, l’APF publie le Bulletin de l’APF. Des cinq numéros, seuls les deux derniers seront en vente libre. La parution du premier numéro de la Nouvelle revue de psychanalyse au printemps 1970 sonne le glas du Bulletin.
Depuis 1970, et plus de trente durant, l’APF n’a pas eu une revue, mais des revues gravitaient autour d’elle dans lesquelles pouvait paraître une grande partie des contributions scientifiques d’analystes de l’association. De plus, nombre de membres et d’analystes en formation ont activement participé et participent aux comités de rédaction de maintes autres publications.
Parce que beaucoup d’entre elles avaient disparu, l’APF fit paraître, à partir de 2007, douze numéros de L’Annuel (sous la direction, successivement, d’André Beetschen, Laurence Kahn et Patrick Merot). Y furent publiées la plupart des conférences prononcées lors des Journées ouvertes de l’Association ou lors des Entretiens.
Le présent de la psychanalyse clôt le cycle de l’Annuel. 

Le projet du Présent de la psychanalyse est de faire connaître une certaine orientation de la pensée en psychanalyse. Moins celle de l’APF que celle qui détermine un courant où prévalent les arêtes les plus vives de l’œuvre freudienne – le transfert en tant qu’outil majeur de la cure, la fonction centrale du conflit psychique, le rôle de la pulsion de mort – et où demeure toujours ouverte la question de la formation du psychanalyste.
Mais une revue, plus qu’un outil, est un lieu d’élaboration. Espace différent de celui offert par la vie institutionnelle, ce lieu doit permettre l’échange avec des psychanalystes venus d’autres horizons, et plus largement avec d’autres disciplines. Les différentes revues apparentées à l’APF l’ont montré : territoires d’échanges intenses, elles incitaient à écrire et ouvraient au déploiement de la pensée. S’adresser à d’autres disciplines, comme l’histoire, la sociologie, l’anthropologie ou la littérature, est une manière de chercher ailleurs les repères que la clinique appelle.
Vivante, une revue a une respiration, une pulsation, faute de quoi elle perd sa fertilité. « Revue » : voir une nouvelle fois, voir de nouveau, voir du nouveau.

A côté de cette grande nouveauté, L’APF fait connaître sa vie scientifique en organisant régulièrement deux activités ouvertes : la Rencontre de septembre, tous les ans, et une Journée ouverte au mois de janvier tous les deux ans. D’autres activités ouvertes sont organisés ponctuellement.
Chacune de ces rencontres  avec des pensées venues d’autres champs du savoir est  fructueuse, même quand à priori la rencontre pouvait sembler improbable, comme avec le monde du droit il y a quatre ans. 

La dernière Rencontre de septembre a eu lieu le samedi 15 avec pour thème « Destins du fraternel » avec la participation de Brigitte Eoche Duval, Jean-Yves Tamet et de notre invité, Michel Schneider. Jacques André en a été le Directeur de discussion.
Le monde des frères et des sœurs est une part inéluctable de l’existence de tout être humain, un destin. Depuis le monde de l’enfance, le fraternel, la relation avec les pairs du même âge, inscrit fortement des configurations qui tendent à se répéter, jusque dans le transfert : frère ou sœur plus grand, plus petit, plus beau/belle, enfant préféré des parents, rival éternel, adoré autant que haï. Ces liens libidinaux et destructeurs sont à l’œuvre dans la vie sociale autant que dans la vie psychique de chacun : camarade, collègue, condisciple, confrère, copain, la liste de ces liens est longue ! 

Le samedi 24 novembre, les analystes de l’APF à Bordeaux organisent une rencontre sur « Libre association » avec Hervé Balondrade, Catherine Chabert, Jean-Philippe Dubois et Pascale Franques. La libre association et avec elle la règle fondamentale : « ne rien omettre de ce qui vient à l’esprit, en renonçant à toute critique et à tout choix » tient-elle aujourd’hui encore la place de « l’innovation la plus remarquable » de la psychanalyse ?

Le jeudi 29 novembre, les analystes de l’APF à Lyon invitent René Roussillon pour débattre autour de l’œuvre de Winnicott : « Entre destruction et créativité ».

La prochaine Journée ouverte aura lieu le samedi 19 janvier 2019 avec pour thème « Le refoulement en héritage ». Nous entendrons les exposés de Catherine Chabert -discutant Laurence Kahn-, de Claude Barazer -discutant François Villa – et de Viviane Abel-Prot, -discutant Bernard de la Gorce-. André Beetschen dirigera les débats tout au long de la journée.
« Le refoulement en héritage » : la formule est volontairement complexe, voire ambiguë. Est-ce le refoulement dont on hérite ? Le refoulement est certes un des concepts clés de la psychanalyse dont tout analyste hérite. Or tout héritage comporte sa part de refoulé, il est presque nécessairement porteur d’une part enfouie et ignorée. Encombrant héritage alors, qu’on le brandisse avec fierté ou qu’on feigne de le mettre de côté, il peut aussi devenir un puissant motif d’élaboration pour peu qu’on veuille l’explorer sans trop de préjugés.  

Deux autres activités ouvertes auront lieu en décembre 2018 et courant 2019.
Une rencontre le matin du 8 décembre avec la participation de Jorge Canestri et de Laurence Kahn. « Pluralité des théories et ses effets dans la formation du psychanalyste » en sera le thème.
Jorge Canestri a une longue expérience des instances de l’IPA (International Psychoanalytical Association), de la FEP (Fédération européenne de psychanalyse, il en est actuellement son président) et de l’IJP (International Journal of Psychoanalysis). Depuis longtemps il s’intéresse aux questions épistémologiques liées à la psychanalyse et aux problèmes de la recherche dite scientifique. En outre il a une position assez tranchée concernant les questions des modèles de formation. La discussion avec Laurence Kahn sera donc l’occasion de confronter ce que la psychanalyse peut dire de sa scientificité, de l’orientation de la recherche et de ses implications dans la formation.
Sur le site web de l’APF, les membres et analystes en formation de l’association peuvent lire la préface que Jorge Canestri a écrite à l’édition en anglais du livre de Laurence Kahn Le psychanalyste apathique et la psychanalyse post-moderne et un texte de cette dernière lu au dernier congrès de la Fédération Européenne à La Haye, « Traduire dans différents langages psychanalytiques ».
Courant 2019, André Beetschen discutera avec Lionel Naccache, chercheur en neurosciences, à partir de son dernier livre, Le chant du signe. Le sous-titre de celui-ci, intitulé  Aventures et mésaventures de nos interprétations quotidiennes, engage en effet au débat ! Celui-ci  s’appuiera aussi sur les approches différentes qu’un texte comme « L’inquiétante étrangeté » -l’Unheimliche freudien- peut susciter, notamment sur la question de la perception.
L’activité scientifique de l’APF, réservée à ses membres et analystes en formation au sein de son Institut, se penchera encore sur les « Objets de la méthode » au long d’un cycle de débats commencé en 2017 et qui se terminera en mai 2019. Revenir sur ce qui fait le cœur de la spécificité de la psychanalyse, sa méthode, nous semble en effet toujours salutaire, pour en approfondir la pratique et la métapsychologie. Les Entretiens de psychanalyse, qui se tiennent deux fois l’an, auront  pour thème  en juin 2019, « Les fixations : empreinte et transformations ».
Nous poursuivons ainsi la tradition de l’APF qui tente continûment de conjuguer ouverture sur les préoccupations contemporaines et les autres champs du savoir et retour sur l’œuvre du fondateur de la psychanalyse. 

Leopoldo Bleger

Agenda

Point d'incidence du samedi 8 décembre

Rencontre avec Jorge Canestri et Laurence Kahn

  • Fondation Dosne-thiers de 10 heures 15 à 12 heures 30

La discussion entre Laurence Kahn et Jorge Canestri sera l'occasion d'approfondir ce que la psychanalyse peut dire de sa scientificité, de l'orientation de la recherche et des implications que cela a dans la formation. Jorge Canestri, actuel président de la FEP, s'intéresse aux questions épistémologiques liées à la psychanalyse et aux problèmes de la recherche dite scientifique. Il a préfacé la traduction en anglais du livre de Laurence Kahn Le Psychanalyste apathique et le patient postmoderne. Il n'est pas nécessaire de rappeler l'intérêt de Laurence Kahn pour ces questions.
 

Le refoulement en héritage

  • samedi 19 janvier 2019

Que devient aujourd’hui, dans une perspective métapsychologique qui lui conserve sa part d’indéterminé, ce destin de pulsion s’affirmant aussi comme « procédé tout à fait particulier » et dont la théorie est, pour Freud, « la pierre d’angle sur quoi repose l’édifice de la psychanalyse » ? […]

  • samedi 2 février 2019

L’enfant de la psychanalyse. Retour sur l’angoisse (2018)

L’Enfant de la psychanalyse : la psychanalyse a fait naître dans la culture un enfant scandaleux, un être sexuel polymorphe. Elle l’a engendré à partir de l’analyse des adultes, grâce à ce que celle-ci dévoile : la présence de l’infantile à la … Continuer la lecture