La violence du voir

La logique destructrice radicale qui régit inconsciemment le voir humain n’a jamais été étudiée comme telle, y compris par la psychanalyse pourtant la première concernée.

Par contre, les légendes et la pathologie la clament sans équivoque : avec d’un côté la croyance au mauvais œil, le mythe du Basilic « qui tue par le regard » ; et de l’autre les photophobies, l’angoisse du regard, les innombrables troubles de la vision, etc.

Cette méconnaissance provient de ce que Freud s’est trouvé comme inhibé dans son élaboration sur ce sujet : G. Bonnet analyse les raisons et les méfaits de ce blocage en reprenant ses analyses du narcissisme, de l’hystérie, des perversions.

Il démontre ensuite les effets de ce voir implacable dans la cure, dans l’œuvre littéraire : celle de Bataille, et dans une affection étonnante : l’anémie provoquée ou « syndrome de Lasthénie de Ferjol », dont il apporte ici la première étude psychanalytique exhaustive.

Ce livre est d’actualité, car notre époque est dominée par une poussée à voir sans précédent : le problème ne vient pas tant de ce que l’on montre trop de violence, mais de ce qu’un voir sans limites est fondamentalement violence et qu’il fait constamment resurgir la destruction pour s’en repaître et pour se justifier.

Auteur : Gérard Bonnet

Collection Bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 1er août 1996