Wladimir Granoff


Le désir d’analyse

Psychanalyste didacticien alors qu’il a à peine trente ans, Wladimir Granoff sera tôt reconnu comme un maître par des élèves de Lacan qui lui demandent : « Apprenez-nous l’analyse. » C’est sa passion exigeante pour la psychanalyse qui l’a décidé à suivre Lacan dès la première heure. Il ne reniera jamais son admiration ni sa dette envers celui qui sut l’arracher, lui et certains de sa génération, à la médiocrité où se fanait la pensée freudienne dans « l’orthodoxie » qui s’en réclamait.
Articles devenus introuvables, nombreux inédits ( conférences, extraits de sa correspondance, entretiens ), les textes de Wladimir Granoff ici réunis traitent tous de la clinique et de la pratique psychanalytiques. Un récit de cas interroge les résistances de l’analyste, et montre à l’oeuvre le praticien d’exception qu’il fut durant cinq décennies.
Des propos à bâtons rompus jettent un éclairage nouveau sur la formation des analystes, l’histoire des transferts et des techniques depuis Ferenczi, Klein, jusqu’aux praticiens qu’il côtoya, Balint, Winnicott, Dolto et Lacan. Enfin, ses lettres révèlent cette radicale nécessité, le désir d’analyse, qui le posséda toute sa vie, lui qui ne pouvait renoncer à faire entendre sa parole, celle de « l’enfant qui demande plus à être compris qu’aimé ».
Une grande voix de la psychanalyse en France, qui anticipe aussi les débats actuels sur le statut du psychanalyste, le portrait d’un Granoff inconnu, avec sa vibration et son intensité toujours singulières.

Collection Psychanalyse, Aubier.
Parution : 1er septembre 2004.
Réédition : Champs, Falammarion, 31 août 2007


Lacan, Ferenczi et Freud

Parmi les nombreux textes de Wladimir Granoff (1924-2000), nous n’en avons retenu que quelques-uns pour constituer ce recueil qui ne prétend donc pas donner une vue d’ensemble des travaux et des intérêts de l’auteur.
Trois noms. Celui de Lacan d’abord. L’entretien « Propos sur Jacques Lacan » donnera au lecteur une idée de ce que fut la relation, intense, difficile, comme l’est tout amour qui connaît la déception, entre Granoff et Lacan.
Ferenczi : Granoff fut le premier à faire connaître en France cet analyste d’exception.
Freud enfin, dont Granoff resta tout au long de sa vie un lecteur fervent. Sa lecture n’était pas celle d’un universitaire ou d’un « freudologue ». Ce polyglotte à la croisée des langues , également exercé à la pratique du russe, de l’allemand, de l’anglais, du français, se montra singulièrement attentif à la langue de Freud et en conséquence aux problèmes que pose sa traduction, comme si, pour lui, il n’y avait d’autre voie d’accès à la pensée que ce qui s’inscrit dans les langues et voyage à travers elles. Le méconnaître, ce serait déjà s’apprêter à « quitter Freud », ce à quoi Granoff ne se résolut jamais.
On trouvera en fin de volume les hommages rendus à ses deux vieux compagnons de ce qui, à un moment particulièrement chaud de l’histoire de la psychanalyse, s’appela la « troïka » : François Perrier et Serge Leclaire.

Collection Connaissance de l’inconscient, Tracés, Gallimard.
Parution : 28 mars 2001


Le désir et le féminin

Les textes que ce volume rassemble – sur les perversions sexuelles, le masculin et le féminin, plaisir et jouissance, le complexe d’Oedipe, et plus généralement sur la question des sexes et de leur différence ont été écrits dans les années soixante. Ils portent ainsi la marque des circonstances et l’écho des mouvements – lacanien surtout – qui affectaient alors l’analyse freudienne.
Depuis, la question de la féminité a suscité une masse d’écrits. Trouvera-t-on anachroniques les manières de l’envisager alors ? Au-delà du caractère pionnier de ces textes, la permanence des questions qu’ils soulèvent en rend la redécouverte nécessaire.

Avec François Perrier.
Collection Champs, Flammarion, 1991.
Rééditions : id. 2002, Aubier Montaigne, 30 juin 2008


La transmission de pensée

Traduction et lecture de Psychanalyse et Télépathie de Freud

Dans Psychanalyse et Télépathie ( 1921 ), Freud évoque certaines analyses au cours desquelles ses patients lui rapportent des phénomènes qui relèvent pour lui de la « transmission de pensée ». Comment a-t-il été amené à les identifier ainsi ? Comment les a-t-il nommés ? Quelle place, quelle valeur ou quelle portée leur a-t-il accordées dans sa théorie ?
Wladimir Granoff et Jean-Michel Rey – respectivement psychanalyste et philosophe – se proposent de ressaisir cette dimension encore peu explorée et pourtant essentielle de la pensée freudienne. Ils commentent les différentes positions esquissées par Freud, ses investigations sur la transmission de pensée, mais aussi sur l’occulte, la télépathie, certaines superstitions. Autant de phénomènes qui ont permis au fondateur de la psychanalyse de mettre à l’épreuve ses concepts, ses hypothèses et de redistribuer les frontières reconnues du psychisme en donnant droit de cité à un matériel hétéroclite.
Ce travail est aussi l’occasion pour les auteurs de revenir sur l’élaboration de la psychanalyse comme discipline : son vocabulaire, sa manière de désigner les « faits », ses procédures, ses modalités de développement, ses emprunts à la littérature. Une discipline où les façons de dire et de nommer occupent une place de tout premier plan ; où, par conséquent, les questions de traduction et d’appropriation représentent, aujourd’hui encore, un enjeu majeur.

Avec Jean-Michel Rey.
Titre original : L’occulte, objet de la pensée freudienne, PUF, 1983.
Réédition : Collection Psychanalyse, Aubier, 2005.


La pensée et le féminin

Wladimir Granoff est l’un des rares, l’un des premiers, à poser la question du féminin autrement. Il ne se laisse pas subjuguer par la grande énigme : « Que veut une femme ? » mais choisit d’interroger en amont : « Que produit le féminin ? », et accomplit une véritable avancée théorique. Si le féminin tend, comme le pense Granoff, à abolir les contradictions, il n’est pas le lieu de l’harmonie ni, du reste, de son contraire. Le féminin, ça fait penser. Davantage, il est la condition même de la pensée.
Dans ce séminaire tenu en 1974-1975 – à la suite de Filiations, consacré à la question du complexe paternel –, Granoff aborde un continent dont la psychanalyse, en dépit de ses découvertes sur la bisexualité et le roc du féminin, entretient la méconnaissance. Il approche par des détours imprévus cette inquiétante étrangeté dont le féminin serait porteur : menace pour la représentation, pour la certitude narcissique et phallique. Il cherche à éclairer les origines refoulées de la révolution freudienne, notamment autour du mot-clé Spalt(ung), fente du sexe de la femme mais aussi fente dans la pensée.
La Pensée et le Féminin, ça ne se lit pas seulement, ça s’écoute. Voyage des mots, signifiants polyglottes prélevés ici et là dans le lexique freudien : Granoff a l’écriture buissonnière, le souffle inépuisable, à la manière d’un conteur.

Collection Champs, Flammarion, 9 septembre 2004.
1ère édition 1976


Filiations

L’avenir du complexe d’Œdipe

Conteur infatigable, Wladimir Granoff ne dissimulait pas sa vocation : « J’aimerais être celui dont on dise “ c’est celui qui raconte des histoires ”. » Ici, l’histoire de la psychanalyse, celle des événements, des idées, leurs chocs et leurs trajets, mais aussi l’histoire inépuisable des hommes, des psychanalystes du passé et de l’actualité, d’appareil ou de cabinet, des fervents de l’œuvre freudienne. Ou la sienne. Et sa personne est si présente dans le récit qu’il réussit à faire entendre la vibration très particulière de son énonciation, tout en invitant à relire Freud dans la langue où « pour chacun, on associe le mieux : la langue de son inconscient ».
Wladimir Granoff a été une des figures majeures du mouvement psychanalytique français. Membre de la Société française de psychanalyse, il contribua activement, sous l’égide de Jacques Lacan, à l’extraordinaire effervescence de cette société durant les dix années brillantes de son existence, que beaucoup considèrent comme l’âge d’or de la psychanalyse en France.

Éditions de minuit, 1975.
Réédition : Collection tel, Gallimard, 12 mars 2001