Nicole Berry


John Cowper Powys, au-dessus de la terre l’oiseau

Un homme dans son œuvre

« La porte ouverte sur l’inconnu, la petite fissure sur les murs étoilés du monde, il reste des ouvertures essentielles ». John Cowper Powys a toujours affirmé : « La véritable réalité relève entièrement de l’esprit ». Auteur célébré dans les années soixante mais un peu oublié aujourd’hui, il convient de redécouvrir John Cowper Powys. Le thème des Enchantements de Glastonbury, oeuvre monumentale, introduit la légende du roi Arthur, reprise plus tard dans Porius.
Idées marxistes, distinction entre Pouvoir, Sacrifice et Renoncement font de Powys un écrivain moderne : dans Morwyn on trouve une psychologie du tortionnaire qui captive tant nos contemporains. L’intuition de la bisexualité psychique, déjà, dans Sea Sands étonne. « Mon pays c’est Powys » : nous vivons dans son monde, enchantés, nous respirons le vent, l’odeur des mousses, des herbes, des fleurs, nous voguons sur les rivières, ou nous restons émerveillés devant le scintillement de la mer.
Les oiseaux, présents dans tous les romans, semblent décider du destin des humains. Powys évoque Shelley, Rimbaud, Bachelard. Nicole Berry trace un portrait de l’homme à travers la succession des romans : Wood and Stone, Rodmoor, Wolf Soient et leur charme, Les Enchantements de Glastonbury, Owen Glendower, grand roman historique gallois du temps de Richard II d’Angleterre. Dans ce livre poétique on trouvera deux chapitres de réflexion psychanalytique.

Collection Espaces littéraires, L’Harmattan, 2013


La Terre-Mère

suivi de Étude sur John Cowper et Joseph Conrad

Quatre poètes anciens racontent l’origine du monde : Hésiode : la Théogonie, Ovide : les Métamorphoses, Milton : Le Paradis perdu, Le Kalevala des Finlandais.
Un Père Créateur, une Terre-Mère, un oiseau ? Les mythes concernant la “ Terre-Mère ” devraient passionner les psychanalystes !
Le lecteur de ce recueil sera sensible aux récits poétiques qui étonnent par leur beauté et les coïncidences de pensée d’une culture avec une autre, éloignée de nos fondations habituelles. On retrouve ici le style clair et poétique des ouvrages précédents et le sérieux de l’« enquête ». Nicole Berry annonce qu’elle « s’amuse » :  elle rêve et pense.
Le commentaire psychanalytique suit les récits, riche de nombreuses lectures analytiques et littéraires ; par cette réflexion personnelle, Nicole Berry suit sa voie.
En deuxième partie, la méditation à propos de John Cowper Powys et Joseph Conrad qu’elle connaît bien pose la question : L’enracinement de l’homme dans la “ Terre-Mère ” est-il bénéfique ou maléfique pour l’homme ? Et l’homme, que fait-il de la terre ?
Le viol de la terre reste un de ses thèmes.

Collection Psychanalyse et civilisation, L’Harmattan, 2011


Destins de l’imprévu

Témoignage d’une analyste

Une analyste voudrait transmettre à ses jeunes collègues ses années d’expérience, dire en même temps sa gratitude envers les Anciens, si inventifs.
Les moments de quelques vies sont ici contés dans un style clair. Qu’on ne les lise pas comme des anecdotes ! Le respect inspire ces lignes. Des incidents imprévisibles, survenus dans la cure, comme autant de signes de vie, du dehors ou du dedans de la maison de l’analyste, le “ cadre ” étant strictement respecté, ont eu un effet mutatif. Des situations sont teintées d’humour et d’autres sont tragiques.
La conviction d’une originalité de chacun, présente dans le premier ouvrage, Le sentiment d’identité ( L’Harmattan, 1987 ), se trouve ici plus élaboré.
Le patient travail d’élaboration est centré sur la relation transférentielle ; de l’emprise à la surprise.
Le lecteur lira ici l’œuvre d’une vie de femme, d’analyste, d’écrivain.

Collection Psychanalyse et civilisation, L’Harmattan, 2010


À contre-jour

Sur le thème classique de l’incommunicabilité entre deux êtres, l’auteur conte la vie dans un village du Nord de l’Ecosse et une fuite amoureuse. Dans la ville grise où elle n’a plus d’attaches, Mary est venue pour un temps, rassembler les moments de sa vie, à contre-jour, à contre-temps. L’auteur suit le cours de la pensée, ses avancées et ses retours, l’enfance, le passé récent, le présent si insaisissable ? Les personnages sont traversés par le vent, ils émiettent la terre, ils voyagent, ils songent.

Collection Écritures, L’Harmattan, 2009


Trois textes le récit, le paysage, les sonorités

Essais sur P.B. Shelley, H. James, J. Conrad, J. Milton

Ce livre met en lumière, à propos de quatre auteurs, l’existence de trois textes dans une oeuvre : le récit qui tient le lecteur sous une emprise, le paysage qui suscite la rêverie et dégage la pensée personnelle du lecteur et les sonorités qui sont une expression plus inconsciente des sentiments d’un écrivain.
Le paysage prend dans les quatre romans de Joseph Conrad ici commentés une valeur mythique. Il est le vaste univers, visible et invisible pour Milton.
La méthode choisie est celle d’une confrontation entre la vie de chaque écrivain et son oeuvre : la lecture en est enrichie.

Peter Lang, 2008


Soudain l’été…

Roman

D’ores et déjà… Dors, dit le jars, je te veillerai… La poésie peut bercer le lecteur ou l’envoûter. On peut aussi chercher la trame de l’histoire. Armand, Delphine, se voir, se perdre, se retrouver. Le chemin de chacun des deux est une initiation et une répudiation des violences modernes. Le fil de l’histoire se déroule à la manière des romans fantastiques : des événements contradictoires se présentent ; où est la réalité et où le roman ?
Au présent se mêle, constamment, la pensée du passé. Des paroles entendues, des injonctions reçues. L’auteur se moque-t-elle ? Elle s’amuse. C’est pourtant l’histoire d’un soldat, officier, qui est ici contée sur un mode discret.
On ne sait que louer dans ce roman somptueux : la prose tenue ou l’émotion. C’est aussi une réflexion sur la condition humaine.

Collection Écritures, L’Harmattan, 2008


John Milton Le Paradis perdu

Des ténèbres à la lumière

John Milton, poète du siècle de Shakespeare, moins séduisant mais passionnant, déploie une fresque grandiose et, racontant la création, ose des idées qui s’apparentent à celles d’Hubert Reeves et font penser aux fantaisies de Calvino. Avant Le Paradis Perdu  : ses traités sur le Divorce, l’Education, la Religion, le Régicide et l’extraordinaire Areopagitica, contre la Censure, pour la liberté d’imprimer ( « interdire un livre est pire que tuer un homme » ). Le Paradis Perdu, vision splendide de l’univers déployé devant les yeux clos du poète aveugle, s’offre à l’oreille du musicien : les sons parlent et le poème a inspiré Penderecki après Haendel. Grâce à la musique, l’univers n’est pas vide mais plein : « Je suis celui qui emplit l’infini. » Du whirlwind au whispering, l’œuvre chante. La nuit est peuplée de visions mystérieuses, les astres vont leur ronde vers l’infini, la matière est spiritualisée, l’Ange parle et écoute. Héros du poème, « Tentateur » face au « Tortureur », Satan dit la douleur et la rébellion du poète. Milton a une audace sacrilège : il fait de Satan la victime sacrificielle, comme Prométhée. Milton, « le plus érudit des poètes », évoque l’Enfer après Virgile et Dante, l’Eden ou le jardin des désirs. Traduit par Chateaubriand, il est romantique et tous les deux ont été fascinés par la wilderness. De l’expérience de la terreur à l’enchantement des nuits constellées d’étoiles, Le Paradis Perdu est une aventure intérieure. L’essai proposé tente d’en tracer les détours. L’auteur écoute avec respect et compassion et rend sensible la douleur de l’homme solitaire, la splendeur aussi. Les hypothèses psychanalytiques, l’interprétation discrète suscitent la réflexion : l’avant naître et l’avant créé, la naissance et la mort, la faute et le sacrifice. Très documentée, cette « Œuvre ouverte » s’adresse aux lecteurs cultivés autant qu’aux spécialistes. La poésie triomphe de l’irreprésentable, acceptant l’offertoire du poète et refusant le credo de l’homme.

L’Age d’Homme, 2005


Le sentiment d’identité

Une analyste parle ici de ses patients, d’elle-même, de son contre-transfert, de ses lectures psychanalytiques et romanesques ( Thomas Mann, James ). Les patients pas plus que les textes littéraires présentés ne sont pris pour « objets d’étude ». C’est une expérience clinique qui nous est communiqué, avec respect et parfois tendresse. Tantôt c’est sur le ton de la méditation poétique, tantôt avec une précision réfléchie, jamais dans l’affirmation péremptoire.
Les concepts qui font l’originalité de l’ouvrage : traumatisme narcissique paradoxal, le roman original, le retour à la maison natale, par exemple, sont proposés à la réflexion du lecteur. L’amateur distingue la recherche de l’objet et l’amour de l’objet, la mère et la maison natale, le sentiment d’existence et celui d’identité. Il montre comment articuler le travail sur l’Œdipe et celui sur le narcissisme, comment le sujet oscille entre le sentiment d’être identiquement soi et celui d’être autre, comment se constitue le sentiment d’identité.
Ce livre communique au lecteur un fort sentiment d’existence.

Collection Émergences, l’Harmattan.
Parution : 2004


Le présent de l’analyse

L’auteur du Sentiment d’identité parle avec gratitude de ses années d’expérience.
Les variations cliniques sur le thème du temps rendent le lecteur sensible à un « Travail du temps » : silences, détails répétitifs, changement de rythme dans le récit prennent sens autant que l’histoire manifeste et les traumatismes vécus. De l’analyse des passages à l’acte ou de l’illusion de l’omnipotence surgit le sentiment de nostalgie et la saveur de l’instant.
Plus qu’une copie d’exemples cliniques et d’interprétations, l’atmosphère d’une séance est perceptible, le transfert et le contre-transfert, l’identification introjective et la distance prise. On est parfois saisi par la poésie de l’écoute et de l’échange analytique sans que la rigueur de l’interprétation soit pour autant absente.
Prenant part au mouvement des idées, l’auteur reprend la question du sentiment d’existence à propos du « Négatif » et de l’élaboration, de l’injonction paradoxale, le critère de vérité se trouvant dans une cohérence entre le récit et ses modalités temporelles.
Dans le texte La fin de l’analyse, Nicole Berry se fait affirmative : l’analyse est la reconstruction d’un fantasme, non d’une histoire réelle ; l’analyse peut se résumer en quelques mots signifiant le fantasme de désir qui dicte aussi le choix des défenses d’un patient.
L’auteur se réfère aussi bien à de grands textes littéraires — Hawthorne — à propos de la transmission inconsciente transgénérationnelle de la culpabilité qu’à des auteurs psychanalytiques. Elle reprend sa pensée sur les doubles psychiques, élaborée dans un livre précédent, Anges et fantômes.
L’originalité du livre est l’ouverture sur la vie : le cabinet de l’analyste n’est pas clos ; la méditation sur l’instant créateur, la définition d’un « état de naïveté » ont une fraîcheur qui rappelle la prudence annoncée dans Le sentiment d’identité vis-à-vis des concepts définis, des idées reçues qui risquent de paralyser la pensée ; préserver un inconnu est essentiel.

Collection Émergences, L’Harmattan, 1998


Marie Shelley

Du monstre au sublime

Mary Shelley est pour tout le monde l’immortelle auteur de Frankenstein ou le Prométhée moderne, roman mythique s’il en est. Paru en 1818, on mesure mieux aujourd’hui à quel point ce livre est préfigurateur de notre époque de manipulations biologiques. Mais Mary Shelley n’est pas uniquement l’auteur de Frankenstein.
Née en 1797, fille naturelle de Godwin, le penseur social et utopiste anglais, elle rencontre à dix-sept ans Percy Bysshe Shelley, de cinq ans son aîné, qui, pour elle, abandonnera femme et enfants et l’entraînera sur le continent. Pendant huit ans, de 1814 à 1822, Mary et Percy seront inséparables et c’est ensemble, en 1816, à Genève, qu’ils rencontreront Byron. formant un trio, le plus célèbre et le plus fécond de l’école romantique anglaise.
De 1816 à 1822, en Italie, Mary participera à l’élaboration de toutes les œœuvres de son mari, à tel point qu’il devient aujourd’hui impossible de savoir ce qu’elles doivent à l’un ou à l’autre, même Iorsqu’elles sont attribuées au seul Percy Bysshe. On ne peut que relever la contribution plus évidente de Mary dans certaines œœuvres ou sur certains thèmes, tels celui de Prométhée en révolte contre Zeus, au nom de l’humanité souffrante.
En 1822, Percy meurt tragiquement de noyade dans le golfe de La Spezia. Mary lui survivra vingt-neuf ans, publiant une demi-douzaine de livres, dont Valperga, son grand roman italien, qui paraîtra en 1823. Mentionnons encore Le Dernier Homme, 1826, qui termine la période dite du roman noir, Lodore, un récit autobiographique et La Jeune Fille invisible, quatre textes rassemblés sous ce titre en français, parmi une vingtaine de contes et récits.
Mary Shelley se révèle ainsi un écrivain à part entière, à la tête d’une œœuvre originale et hautement représentative de son temps. Nicole Berry, avec le style poétique qui lui est propre, est parvenue dans cette biographie à nous restituer cette femme exceptionnelle. Au moment même où l’Angleterre la redécouvre, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, il devenait impératif de présenter Mary Shelley à un large public français.

Collection Lettera, L’Age d’homme, 1997


Être psychanalyste

Qu’était-ce qu’être psychanalyste pour Freud, qui fut le premier à le devenir ? Qu’est-ce qu’être psychanalyste aujourd’hui ? Quel est l’avenir du psychanalyste face à l’évolution, dans notre civilisation, de la pathologie mentale et du fonctionnement même de l’appareil psychique ? Six psychanalystes, unis par leur appartenance à un même mouvement, l’Association psychanalytique de France, mais divers par leur style, leur culture, leur expérience, et certaines de leurs orientations théoriques apportent tantôt un témoignage et tantôt une méditation sur leur relation à l’inconscient, sur leurs conceptions de la cure, sur leur recherche toujours continuée de la psychanalyse. Aucun ne songe, comme on dit, à “ raconter sa vie ” mais chacun s’essaie à exprimer à sa façon quelque chose de psychanalytique sur le psychanalyste qu’il est.

Dix textes de Georges Favez sont rassemblés ici. Il y fait plus d’une fois figure de précurseur, par exemple lorsqu’il écrit sur la contestation, sur l’illusion et la désillusion, sur la résistance à la psychanalyse. Les contributions des autres auteurs approfondissent ou renouvellent les principales questions auxquelles est confronté le psychanalyste : redécouverte de la psychanalyse, solitude de son exercice, recherche du temps perdu, travail de la mort, ordonnancement de l’interprétable.

Auteurs : Georges Favez, Didier Anzieu, Annie Anzieu, Nicole Berry, J.-B. Pontalis, Victor Smirnoff

Collection Inconscient et culture, Dunod.
Parution : janvier 1976


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