Michel Gribinski


Qu’est-ce qu’une place ?

Qu’est-ce qu’une place ? est une tentative d’illustrer et d’ouvrir la question que l’on se pose, plus particulièrement aujourd’hui, quand on vient demander l’aide du psychanalyste, mais aussi dans d’autres situations de la vie : l’impression de ne pas vraiment avoir sa place, de n’être « à sa place » nulle part, le sentiment d’être toujours plus ou moins à côté de soi, déplacé. La vie que l’on s’est construite pouvait même sembler réussie – mais on n’y est pas : le désir est ailleurs. Où ? À quel endroit que l’on ne voit pas, à quelle place qu’il serait peut-être simple de prendre ?
Mais qu’est-ce qu’une place ?

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 9 octobre 2013


La meilleure des vies Adam Phillips – Traduction

La Meilleure des vies – éloge de la vie non vécue est un livre sur les expériences que nous n’avons jamais eues et dont nous sommes en deuil. Chaque chapitre décrit une expérience de la vie ordinaire où nous ne sommes pas capables de vivre comme nous le désirons. Et, du fait que quelque chose ne se produit pas, se creuse l’espace de quelque chose d’autre : la frustration et l’imagination sont vues ici comme entretissées. Avec l’aide de la psychanalyse et du grand théâtre shakespearien, ce livre fait l’éloge de ce qui a manqué à notre désir.

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 11 avril 2013


Lectures et portraits D. W. Winnicott – Traduction

Winnicott, critique de ses collègues et leur portraitiste : avec sa vivacité, son besoin d’entrer en contact avec le lecteur, Winnicott croque – c’est plus d’une fois le cas de le dire – l’auteur dont il parle, le fait apparaître en personne. Chacune de ses « lectures » est aussi un « portrait » et, en sens inverse, les portraits qu’il lui arrive de tracer introduisent aux travaux de l’auteur évoqué. Le propos est toujours direct : Winnicott dit ce qu’il pense. ll ne déguise pas son intention lorsqu’il veut « tuer la tendance » de tel article ou lui « déclarer la guerre » ; il ne maquille pas sa critique lorsqu’il conseille à l’auteur d’un livre de changer un mot (un seul, les autres vont bien) qui ne va vraiment pas et qui… donne son axe à la recherche et son titre au livre. Tel autre livre se lit-il aisément ? C’est grâce à l’effort typographique consenti par l’éditeur… Terrible Winnicott, libre et drôle, et émouvant quand il rend hommage à un analyste pour qui il a éprouvé cette chose intime, presque secrète, qu’est le respect. Le portrait de fond est bien celui de Winnicott lui-même, body and soul

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 15 mars 2012.


Promesses Adam Phillips – Traduction

de la littérature et de la psychanalyse

« Quelque chose ne cesse de se manifester dans la pratique et la théorie de la psychanalyse. Il s’agit de l’opposition entre le Rêveur et le Pragmatique. Le Rêveur ne veut que suivre ses mots là où ils iront. Le Pragmatique veut résoudre ses problèmes. Il veut aller vers l’accomplissement des choses, tandis que le Rêveur veut les éprouver. Le Rêveur entend que l’analyste l’aide à retourner à son propre délire, l’autre attend de l’analyste qu’il l’aide à faire de l’ordre. Le Pragmatique veut savoir quoi faire, le Rêveur veut voir ce qui arrive.

L’écrit analytique devrait être le lieu – qu’en vérité la littérature a toujours été – où les gens peuvent formuler les deux sortes d’enthousiasmes avec la même vigueur, où le Pragmatique et le Rêveur ne peuvent devenir le refuge l’un de l’autre. Où, par exemple, il peut être admis qu’il n’y a pas à dire ou à écrire quelque chose parce qu’on y croit, mais pour voir si on y croit. Au mieux, les deux disciplines peuvent inspirer aux rêveurs et aux pragmatiques complexes que nous sommes des vies au plaisir plus juste, à la morale plus intrigante. »

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 14 octobre 2010


Trois capacités négatives Adam Phillips – Traduction

Capacité négative : l’expression vient de Keats. C’est la « qualité qui contribue à former un homme accompli lorsqu’il est capable d’être dans l’incertitude, les mystères, les doutes sans courir avec irritation après le fait et la raison ».

Être un embarras, être perdu, être impuissant – trois capacités négatives, éprouvées dans l’enfance, récusées plus tard de telle sorte que, contrairement à l’enfant, on ne vivra pas pour de bon, on fera semblant. Le plus singulier des essayistes britanniques actuels les fait revivre et montre à quel point elles fondent notre singularité.

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 8 octobre 2009


Les scènes indésirables

Quelque chose arrive dont on ne voulait pas, et s’impose. On s’était construit pour que cela n’ait pas lieu, mais l’indésirable a été le plus fort, fabriqué par le désir même, comme un destin. Le désir n’est pas raisonnable, c’est ainsi et, en quelque sorte, c’est tant mieux.
Mais s’il y avait une catégorie rationnelle où la scène indésirable était absolument étrangère à tout désir ? C’est bien – semble-t-il – sur une telle catégorie que s’est constituée la fondation Lebensborn.
Généralement méconnue, cette entreprise eugénique nazie s’est livrée à l’élevage de dizaines de milliers de nourrissons séparés de leur mère et a donné lieu sans haine particulière à l’enlèvement et à la désindividuation de centaines de milliers d’enfants (chrétiens) des pays occupés ainsi qu’à leur meurtre de masse quand ils étaient déclarés non « germanisables ».
Quelle vie psychique a accueilli l’« amour rationnel », sans désir, l’amour de cauchemar qui a prévalu ? Quelle vie psychique trouve-t-on au-delà du principe de la haine ?

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 28 septembre 2009


Winnicott ou le choix de la solitude Adam Phillips – Traduction

Cette biographie, due à son meilleur connaisseur, met la pensée de Winnicott en tension, voire en crise : il s’agit d’une biographie critique. D’où, peut-être, le fait qu’on ait dû attendre vingt ans pour qu’elle paraisse en français. Dans les années 1980, en effet, le médecin parfois un peu trop positif du couple mère-enfant, que l’on se contentait souvent en France de voir comme un théoricien délicat et original, semblait installé à l’écart des conflits – ceux de la sexualité, ceux du pouvoir, et ceux, s’ils en diffèrent, de la psychanalyse. Il a fallu du temps pour déchanter. La « capacité d’être seul » – titre d’un de ses articles célèbres paru en 1958 – deviendra une vision hautement conflictuelle et quasi négative de l’homme quand, en 1963, Winnicott écrira : « Chaque individu est un isolat, en état permanent de non-communication, inconnu en permanence, en fait jamais découvert. »

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 6 novembre 2008


Où est le passé ? Pierre Bergounioux

Entretien avec Michel Gribinski

« Nous avons une vie d’homme, l’âge adulte pour disputer aux forces occultes l’otage que nous leur avons cédé, l’enfant que nous avons été. Il nous hèle, du fond du temps, pour que nous revenions disperser les ennemis aux mains desquels il est tombé d’entrée de jeu et avant cela, encore, dans les limbes. »

Dans un entretien où le désaccord s’expose en toute confiance, Pierre Bergounioux évoque les lieux du passé : ceux, passionnés, de son enfance tandis que les adultes dormaient les yeux ouverts, ceux de l’Histoire qui nous a faits – et défaits. Pour rallier le seul temps réel, le présent, il a fallu clarifier le passé, situer hors de soi ce qui se confondait avec nous, qu’on prenait pour soi. La clarification est de chaque instant. Elle va droit.

Avec Pierre Bergounioux.
Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 4 avril 2007


Humain/déshumain

La clinique des cas réputés difficiles (personnalités limites, pathologies narcissiques, enclaves autistiques dans les névroses, dépressions…) sollicite l’expérience d’une « déshumanité ».
Cela se joue au niveau des aspects relationnels mais surtout dans la perte du visage, de la voix, dans l’effacement de la parole, dans la perception de l’autre semblable. Parfois il reste seulement la voix et quelques mots, peut-être un seul, comme une souvenance de l’impression humaine.

Pierre Fédida, séminaire 2001-2002, Humain/déshumain.

Auteurs : Pierre Fédida, Jacques André, Michel Gribinski, Daniel Widlöcher

Avec Corinne Ehrenberg, Vincent Estellon, Dominique Scarfone, Monique Schneider, Mareike, Wolf-Fédida.
Collection Petite Bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 18 janvier 2007


L’héritage nu Ahron Appelfeld – Traduction

Pour les juifs de la génération d’Aharon Appelfeld, l’assimilation avait cessé d’être un but, c’était devenu un way of life qu’ils avaient hérité de leurs parents. La destruction par la Shoah des croyances qui soutenaient encore leur vie modifia profondément cet héritage. A leurs douleurs physiques et morales s’ajoutait désormais une souffrance spirituelle incommensurable.

Les trois conférences rassemblées ici mêlent, à l’écart de toute abstraction, des réflexions et des impressions ancrées dans la tourmente d’une enfance prise dans la Shoah, puis dans l’errance à travers les ruines de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.

L’expérience de la Shoah a été soumise à la mémoire. Elle a aussi été l’objet d’innombrables recherches englobant l’arrière-plan historique, social et psychologique. Pour Aharon Appelfeld, il s’agit finalement de faire passer l’expérience atroce de la catégorie de l’histoire à celle de l’art, car « seul l’art a le pouvoir de sortir la souffrance de l’abîme ».

Collection Littérature étrangère, l’Olivier.
Parution : 9 octobre 2006


Résistances

La résistance, c’est d’abord la résistance dans l’analyse, cet obstacle clinique qui dans l’espace de la cure est aussi le plus sûr outil pour accomplir le travail analytique. Entre la violence de l’interprétation, le menace de la suggestion, le refoulement et la compulsion de répétition, est-elle encore, dans la pratique et la théorie de la pratique, l’adversaire essentiel ?
La résistance c’est aussi la résistance à l’analyse, le nom donné par Freud au refus du bouleversement qu’apportait la découverte d’un inconscient sexuel. Entre les mouvements d’assimilation, qui réussissent à dévorer leur objet sans reste, et les assauts toujours aussi vifs des procédures sociales et scientifiques normées, l’urgence n’est-elle pas aujourd’hui de mettre en œuvre une résistance de l’analyse ? Quand l’Etat veut se saisir de la psychanalyse, quand tout le mouvement social pousse vers la garantie et la certification, cette résistance de la psychanalyse cesse d’être une question simplement interne aux sociétés de psychanalyse.
Enfin le mot même de « résistance » rend compte des enjeux qui ont dominé l’histoire du mouvement analytique. Parce que, dans l’histoire des hommes, des filiations, des théories, l’un des moteurs de la transmission est le conflit, l’histoire de la psychanalyse est marquée par des ruptures et des scissions. La naissance de l’APF s’est inscrite dans l’un de ces moments.

Auteurs : Catherine Chabert, François Gantheret, Michel Gribinski

L’Annuel de l’APF, Résistances.
Association psychanalytique de France, 2005


Dialogue sur la nature du transfert

Le transfert, pour le profane, c’est quoi ? C’est généralement le fait que le patient assimile (par « mésalliance ») son père, sa mère à la personne de l’analyste, revit l’amour ou le non-amour qu’il a reçu de ses parents ou leur a donné. Comme toute idée reçue, cette idée n’est pas fausse. D’ailleurs bien des analystes la reprennent à leur compte. Mais elle cache ce qu’il y a d’étrange et d’étranger dans le transfert, sa « folie », en analyse.
Une autre idée reçue cache la folie de la théorie : la psychanalyse serait – le débat n’est pas nouveau – soit une science, soit un art. Or le transfert fait de la psychanalyse une catégorie anormale du savoir, crée un authentique paradigme à part dans le champ de la connaissance.
Dans la cure, deux personnes se parlent : cela ouvre à tout autre chose qu’à un dialogue. Et si, dans la théorie, le transfert avait la même vertu, paradoxale, de mettre non seulement le savoir mais l’échange en situation irrégulière ?

Auteurs : Michel Gribinski, Joseph Ludin

Collection Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 2 mai 2005.
Réédition : 28 mars 2012


Les séparations imparfaites

La personne aimée qui s’en va ou que l’on quitte, un ami qui s’éloigne, le roman que l’on termine à regret : en écho aux séparations ordinaires de la vie, on envisage ici les séparations intérieures que la cure analytique exige du patient et du psychanalyste. Ils doivent se séparer de ce à quoi ils tiennent et qui les tient : le patient – qui est plus attaché à ses liens qu’à lui-même – pour ne pas couler, comme le capitaine Achab, avec ce qui le détruit ; le psychanalyste, qui dépend de ses systèmes familiers de pensée et doit rompre avec eux pour inventer du nouveau, des mots vivants, de la vie.
C’est ainsi, en se séparant d’eux-mêmes, que tous deux se rencontreront et que plus tard ils pourront se séparer l’un de l’autre, cette fois.

Dans ces pages, l’auteur, psychanalyste, essaie de voir ce qui se passe en lui dans le temps des séances, et par là même d’en rendre sensible l’étrangeté jamais apprivoisée. Les situations cliniques sont toujours présentes, et elles mettent en évidence une clinique de l’analyste que l’on n’a guère l’habitude d’évoquer et qui est infiniment plus complexe et riche que le classique « contre-transfert », si souvent réducteur.
Pas plus que celles du monde extérieur, les séparations intérieures ne sont parfaites. Heureusement, pense l’auteur qui les déteste.

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 31 mars 2002.
Traduit en espagnol : Las Separaciones Imperfectas


La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques D. W. Winnicott – Traduction

Ce recueil d’une quarantaine de textes inédits ou dispersés dans des revues montre un Winnicott explorateur et conteur passionné.
Nombreux sont en effet les inédits qui sont le résultat d’intuitions et de perceptions déroutantes pour l’auteur lui-même, qui a ainsi éprouvé le besoin de les saisir par l’écrit, en quelques pages vives et ouvertes. Certaines de ces pages sont des notes préparatoires pour un enseignement ou une conférence, et sont enjouées, prêtes à être partagées. Elles ont aussi l’intérêt de révéler un Winnicott moins connu, un analyste d’adultes non conventionnel, capable d’aller dans un restaurant retrouver une patiente, ou d’expliquer comment ses propres rêves lui constituent un « club » où il se rend pour avoir la paix.
C’est le parcours d’une vie de recherche qui est présenté (travaux de 1939 à 1970), mais un parcours parallèle et généralement ignoré. On y découvre les marges de la pensée winnicottienne et, comme c’est une pensée essentiellement paradoxale, les marges sont au centre.

Avec Jeannine Kalmanovitch
Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 4 mai 2000.


Le trouble de la réalité

L’ersatz et la construction sont des mots et des expériences ordinaires.
L’ersatz a eu son heure de gloire sinistre pendant la dernière guerre, et depuis il a repris sa place au cœur de l’événement habituel de la vie. Est-ce vraiment cela ? Est-ce bien elle ? Y suis-je enfin ? sont des expressions d’une quête de la réalité, que soulignent les adverbes. Elles disent que la vie et la pensée de tous les jours connaissent des leurres […]. Et le fait même de penser est, dit Freud, un ersatz. Que remplace « le penser » ? Va-t-on entrevoir l’Objet même ? Hélas, le porteur de lumière est absent. En prenant sa place sur un théâtre d’ombres, l’appareil à penser fabrique l’objet véritable. Mais penser remplace une hallucination, une activité hallucinatoire des rêves et de l’infans. Or, là-dessus aussi, l’infans se tait, tandis que son complice le rêve soliloque, un peu trop prolixe en indiscutables secrets : on ne saura pas par eux si on a gagné ou perdu au change. À moins qu’une construction…
La construction aussi est une expérience de chacun. Les récits de nous-mêmes, notre histoire et son passé, l’usage que nous faisons du monde et l’image que nous voulons donner, ce que nous racontons et ce que nous croyons en silence sont des constructions. La simple écoute de qui nous parle construit ce que nous pensons entendre.
La construction établit des connexions entre nos objets de substitution, elle bâtit leur histoire avec nos dissonances. Elle accueille le grand trouble indicible de la vie, le trouble de la réalité.

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 3 mars 1996


Les VARIA de la Nouvelle revue de psychanalyse II

En pays lointain

« Quand on pénètre en pays lointain, on doit avant tout faire table rase des enseignements reçus jusqu’alors, pour se plier aux coutumes de cette contrée neuve pour nous : il faut renoncer aux idées qui nous sont chères, voire à nos anciens dieux, et prendre parfois même le contre-pied des principes qui, jadis, réglaient notre conduite. »
Il semble un peu présomptueux de citer ces conseils de Jack London pour introduire le second recueil des VARIA de la Nouvelle revue de psychanalyse, et de lui donner le titre d’une de ses nouvelles. C’est en effet, et à tout le moins, laisser entendre qu’il va y avoir un voyage (voyage, non en quatre-vingts jours, mais en quatre-vingts textes brefs, dus à cinquante auteurs). Présomption aussi que d’annoncer que la pensée de l’analyse, qui est un essentiel déplacement, va si loin que ça. Et ce lointain, est-il aussi riche que les terres d’aventures du romancier ? Fait-il autant – fait-il encore – rêver ?
Ni épisodes d’un roman ni morceaux d’un rêve, les trois parties de ce recueil racontent l’affairement des départs. Il y en a de toutes sortes, certains départs sont commentés à mi-voix comme lorsqu’il faut penser à tout, d’autres plus rapides qu’une fusée ne laissent pas le temps. Ici on est invité et on voyagera ensemble, là on est clandestin – ou on reste à quai.
Trois parties : la première quitte le rêve et les livres ; la deuxième quitte la mémoire et l’écriture ; la troisième, les voix – et les mots ?

Collection Connaissance de l’inconscient, Curiosités freudiennes, Gallimard.
Parution : 25 octobre 1994


Les VARIA de la Nouvelle revue de psychanalyse I

Analyse ordinaire Analyse extraordinaire

« Le travail égrené dans l’épaisseur des séances, un quotidien de l’analyse, un ordinaire » : ces mots de Georges Perec auraient pu nous servir de programme lorsqu’en 1983 J.-B. Pontalis a ouvert la Nouvelle revue de psychanalyse au premier Cahier de VARIA et qu’il m’a offert d’en prendre la responsabilité. Dans cette rubrique sans thème, dans ces feuilles que nous souhaitions extraites du « carnet de bord » réel ou rêvé du psychanalyste, nous voulions permettre une écriture moins « secondarisée » que celle qui est nécessaire aux études de fond, une écriture de l’idée qui vient malgré moi, voire malgré mon Moi. […]
Quant au contenu, nous pensions à ce qui reste, dans un certain pêle-mêle, au fond des filets que jette l’analyste un peu partout et peut-être inconsidérément, ces « choses », ces productions de l’inconscient ramenées parce qu’elles n’ont pas la même forme que celle, préformée, réglementaire, de ses mailles, ou une trace de celles qui, plus chanceuses, ont fui. Et comme il y a plus d’analystes que de psychanalystes, nous avons sollicité également des auteurs liés à d’autres disciplines, dont l’objet est, comme le nôtre, sans repos.
Le résultat fut différent de l’intention : en installant leur liberté dans le travail quotidien, ces quelque cinquante contributions (réordonnées dans ce premier recueil), dues à presque quarante auteurs, ont pris la pente, nolens volens, de l’extraordinaire.

Collection Connaissance de l’inconscient, Curiosités freudiennes, Gallimard.
Parution : 13 janvier 1994


La nature humaine D. W. Winnicott – Traduction

Pendant des années et jusqu’à sa mort, en 1971, Winnicott a travaillé à ce livre, très différent de ses autres écrits. Sous un titre ambitieux et un peu provocateur, l’auteur, qui, jusqu’alors, avait exposé ses vues et ses trouvailles en de brefs articles (Jeu et réalité) ou dans des conférences faites devant les auditoires les plus variés (les Conversations ordinaires), nous offre une présentation synthétique de ses idées, en prenant appui sur sa triple expérience : de médecin, de pédiatre et de psychanalyste. La perspective ici choisie est celle du développement de l’être humain.
Comment, au-delà de la diversité des disciplines toujours plus nombreuses et spécialisées qui prennent l’homme pour objet, décrire ce qui, en son fond, constitue sa nature ? Comment, à travers les conflits et les déchirements, les phases d’excitation et de retrait qui marquent d’un bout à l’autre son existence, l’individu peut-il malgré tout trouver une certaine unité et rejoindre ce que Winnicott appelait le « vrai self » ?

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 24 octobre 1990


Lettres vives D. W. Winnicott – Traduction

Après les Conversations ordinaires avec les uns et les autres, voici les Lettres vives, près de cent cinquante, adressées à quelques-uns : Mme Klein, Mlle Freud, le docteur Lacan, Bion et Balint, Jones et Strachey, mais aussi une fabricante de poupées, le rédacteur en chef du Times ou encore, en 1938, Mrs Neville Chamberlain pour qu’elle demande à son Premier ministre de mari s’il n’est pas secrètement antisémite.
On y découvre un Winnicott bien différent de l’image que certains ont de lui en le croyant tout occupé de « maternage » : un Winnicott qui ne ménage pas ses interlocuteurs, qui sait être à la fois intransigeant et chaleureux, luttant bec et ongles contre les dogmes et les clans, un homme foncièrement droit qui prend toujours parti – et avec quelle vigueur, quelle spontanéité ! – pour ce qu’il y a de vivant et de créatif en chacun.
Lettres vives où alternent l’humour et la colère, la tendresse et la fermeté, toutes d’une surprenante fraîcheur. Chaque lecteur pourra s’en sentir le destinataire. Nous sommes tous des correspondants de Winnicott.

Collection Connaissance de l’inconscient, La psychanalyse dans son Histoire, Gallimard.
Parution : 22 février 1989


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