Michel Gribinski


Qu’est-ce qu’une place ?

Qu’est-ce qu’une place ? est une tentative d’illustrer et d’ouvrir la question que l’on se pose, plus particulièrement aujourd’hui, quand on vient demander l’aide du psychanalyste, mais aussi dans d’autres situations de la vie : l’impression de ne pas vraiment avoir sa place, de n’être « à sa place » nulle part, le sentiment d’être toujours plus ou moins à côté de soi, déplacé. La vie que l’on s’est construite pouvait même sembler réussie – mais on n’y est pas : le désir est ailleurs. Où ? À quel endroit que l’on ne voit pas, à quelle place qu’il serait peut-être simple de prendre ?
Mais qu’est-ce qu’une place ?

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 10 octobre 2013


Dialogue sur la nature du transfert

Le transfert, pour le profane, c’est quoi ? C’est généralement le fait que le patient assimile (par « mésalliance ») son père, sa mère à la personne de l’analyste, revit l’amour ou le non-amour qu’il a reçu de ses parents ou leur a donné. Comme toute idée reçue, cette idée n’est pas fausse. D’ailleurs bien des analystes la reprennent à leur compte. Mais elle cache ce qu’il y a d’étrange et d’étranger dans le transfert, sa « folie », en analyse.
Une autre idée reçue cache la folie de la théorie : la psychanalyse serait – le débat n’est pas nouveau – soit une science, soit un art. Or le transfert fait de la psychanalyse une catégorie anormale du savoir, crée un authentique paradigme à part dans le champ de la connaissance.
Dans la cure, deux personnes se parlent : cela ouvre à tout autre chose qu’à un dialogue. Et si, dans la théorie, le transfert avait la même vertu, paradoxale, de mettre non seulement le savoir mais l’échange en situation irrégulière ?

Auteurs : Michel Gribinski, Joseph Ludin

Collection Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 2 mai 2005.
Réédition : 28 mars 2012


Les scènes indésirables

Quelque chose arrive dont on ne voulait pas, et s’impose. On s’était construit pour que cela n’ait pas lieu, mais l’indésirable a été le plus fort, fabriqué par le désir même, comme un destin. Le désir n’est pas raisonnable, c’est ainsi et, en quelque sorte, c’est tant mieux.
Mais s’il y avait une catégorie rationnelle où la scène indésirable était absolument étrangère à tout désir ? C’est bien – semble-t-il – sur une telle catégorie que s’est constituée la fondation Lebensborn.
Généralement méconnue, cette entreprise eugénique nazie s’est livrée à l’élevage de dizaines de milliers de nourrissons séparés de leur mère et a donné lieu sans haine particulière à l’enlèvement et à la désindividuation de centaines de milliers d’enfants (chrétiens) des pays occupés ainsi qu’à leur meurtre de masse quand ils étaient déclarés non « germanisables ».
Quelle vie psychique a accueilli l’« amour rationnel », sans désir, l’amour de cauchemar qui a prévalu ? Quelle vie psychique trouve-t-on au-delà du principe de la haine ?

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 1er octobre 2009


Où est le passé ? Pierre Bergounioux

Entretien avec Michel Gribinski

« Nous avons une vie d’homme, l’âge adulte pour disputer aux forces occultes l’otage que nous leur avons cédé, l’enfant que nous avons été. Il nous hèle, du fond du temps, pour que nous revenions disperser les ennemis aux mains desquels il est tombé d’entrée de jeu et avant cela, encore, dans les limbes. »

Dans un entretien où le désaccord s’expose en toute confiance, Pierre Bergounioux évoque les lieux du passé : ceux, passionnés, de son enfance tandis que les adultes dormaient les yeux ouverts, ceux de l’Histoire qui nous a faits – et défaits. Pour rallier le seul temps réel, le présent, il a fallu clarifier le passé, situer hors de soi ce qui se confondait avec nous, qu’on prenait pour soi. La clarification est de chaque instant. Elle va droit.

Avec Pierre Bergounioux.
Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 4 avril 2007


L’héritage nu Ahron Appelfeld – Traduction

Pour les juifs de la génération d’Aharon Appelfeld, l’assimilation avait cessé d’être un but, c’était devenu un way of life qu’ils avaient hérité de leurs parents. La destruction par la Shoah des croyances qui soutenaient encore leur vie modifia profondément cet héritage. A leurs douleurs physiques et morales s’ajoutait désormais une souffrance spirituelle incommensurable.

Les trois conférences rassemblées ici mêlent, à l’écart de toute abstraction, des réflexions et des impressions ancrées dans la tourmente d’une enfance prise dans la Shoah, puis dans l’errance à travers les ruines de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.

L’expérience de la Shoah a été soumise à la mémoire. Elle a aussi été l’objet d’innombrables recherches englobant l’arrière-plan historique, social et psychologique. Pour Aharon Appelfeld, il s’agit finalement de faire passer l’expérience atroce de la catégorie de l’histoire à celle de l’art, car « seul l’art a le pouvoir de sortir la souffrance de l’abîme ».

Collection Littérature étrangère, l’Olivier.
Parution : 9 octobre 2006


Résistances

La résistance, c’est d’abord la résistance dans l’analyse, cet obstacle clinique qui dans l’espace de la cure est aussi le plus sûr outil pour accomplir le travail analytique. Entre la violence de l’interprétation, le menace de la suggestion, le refoulement et la compulsion de répétition, est-elle encore, dans la pratique et la théorie de la pratique, l’adversaire essentiel ?
La résistance c’est aussi la résistance à l’analyse, le nom donné par Freud au refus du bouleversement qu’apportait la découverte d’un inconscient sexuel. Entre les mouvements d’assimilation, qui réussissent à dévorer leur objet sans reste, et les assauts toujours aussi vifs des procédures sociales et scientifiques normées, l’urgence n’est-elle pas aujourd’hui de mettre en œuvre une résistance de l’analyse ? Quand l’Etat veut se saisir de la psychanalyse, quand tout le mouvement social pousse vers la garantie et la certification, cette résistance de la psychanalyse cesse d’être une question simplement interne aux sociétés de psychanalyse.
Enfin le mot même de « résistance » rend compte des enjeux qui ont dominé l’histoire du mouvement analytique. Parce que, dans l’histoire des hommes, des filiations, des théories, l’un des moteurs de la transmission est le conflit, l’histoire de la psychanalyse est marquée par des ruptures et des scissions. La naissance de l’APF s’est inscrite dans l’un de ces moments.

Auteurs : Catherine Chabert, François Gantheret, Michel Gribinski

L’Annuel de l’APF, Résistances.
Association psychanalytique de France, 2005


Les séparations imparfaites

La personne aimée qui s’en va ou que l’on quitte, un ami qui s’éloigne, le roman que l’on termine à regret : en écho aux séparations ordinaires de la vie, on envisage ici les séparations intérieures que la cure analytique exige du patient et du psychanalyste. Ils doivent se séparer de ce à quoi ils tiennent et qui les tient : le patient – qui est plus attaché à ses liens qu’à lui-même – pour ne pas couler, comme le capitaine Achab, avec ce qui le détruit ; le psychanalyste, qui dépend de ses systèmes familiers de pensée et doit rompre avec eux pour inventer du nouveau, des mots vivants, de la vie.
C’est ainsi, en se séparant d’eux-mêmes, que tous deux se rencontreront et que plus tard ils pourront se séparer l’un de l’autre, cette fois.

Dans ces pages, l’auteur, psychanalyste, essaie de voir ce qui se passe en lui dans le temps des séances, et par là même d’en rendre sensible l’étrangeté jamais apprivoisée. Les situations cliniques sont toujours présentes, et elles mettent en évidence une clinique de l’analyste que l’on n’a guère l’habitude d’évoquer et qui est infiniment plus complexe et riche que le classique « contre-transfert », si souvent réducteur.
Pas plus que celles du monde extérieur, les séparations intérieures ne sont parfaites. Heureusement, pense l’auteur qui les déteste.

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 10-04-2002.
Traduit en espagnol : Las Separaciones Imperfectas


Le trouble de la réalité

L’ersatz et la construction sont des mots et des expériences ordinaires.
L’ersatz a eu son heure de gloire sinistre pendant la dernière guerre, et depuis il a repris sa place au cœur de l’événement habituel de la vie. Est-ce vraiment cela ? Est-ce bien elle ? Y suis-je enfin ? sont des expressions d’une quête de la réalité, que soulignent les adverbes. Elles disent que la vie et la pensée de tous les jours connaissent des leurres […]. Et le fait même de penser est, dit Freud, un ersatz. Que remplace « le penser » ? Va-t-on entrevoir l’Objet même ? Hélas, le porteur de lumière est absent. En prenant sa place sur un théâtre d’ombres, l’appareil à penser fabrique l’objet véritable. Mais penser remplace une hallucination, une activité hallucinatoire des rêves et de l’infans. Or, là-dessus aussi, l’infans se tait, tandis que son complice le rêve soliloque, un peu trop prolixe en indiscutables secrets : on ne saura pas par eux si on a gagné ou perdu au change. À moins qu’une construction…
La construction aussi est une expérience de chacun. Les récits de nous-mêmes, notre histoire et son passé, l’usage que nous faisons du monde et l’image que nous voulons donner, ce que nous racontons et ce que nous croyons en silence sont des constructions. La simple écoute de qui nous parle construit ce que nous pensons entendre.
La construction établit des connexions entre nos objets de substitution, elle bâtit leur histoire avec nos dissonances. Elle accueille le grand trouble indicible de la vie, le trouble de la réalité.

Michel Gribinski

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 05-03-1996


En pays lointain

Les VARIA de la Nouvelle revue de psychanalyse II

« Quand on pénètre en pays lointain, on doit avant tout faire table rase des enseignements reçus jusqu’alors, pour se plier aux coutumes de cette contrée neuve pour nous : il faut renoncer aux idées qui nous sont chères, voire à nos anciens dieux, et prendre parfois même le contre-pied des principes qui, jadis, réglaient notre conduite. »
Il semble un peu présomptueux de citer ces conseils de Jack London pour introduire le second recueil des VARIA de la Nouvelle revue de psychanalyse, et de lui donner le titre d’une de ses nouvelles. C’est en effet, et à tout le moins, laisser entendre qu’il va y avoir un voyage (voyage, non en quatre-vingts jours, mais en quatre-vingts textes brefs, dus à cinquante auteurs). Présomption aussi que d’annoncer que la pensée de l’analyse, qui est un essentiel déplacement, va si loin que ça. Et ce lointain, est-il aussi riche que les terres d’aventures du romancier ? Fait-il autant – fait-il encore – rêver ?
Ni épisodes d’un roman ni morceaux d’un rêve, les trois parties de ce recueil racontent l’affairement des départs. Il y en a de toutes sortes, certains départs sont commentés à mi-voix comme lorsqu’il faut penser à tout, d’autres plus rapides qu’une fusée ne laissent pas le temps. Ici on est invité et on voyagera ensemble, là on est clandestin – ou on reste à quai.
Trois parties : la première quitte le rêve et les livres ; la deuxième quitte la mémoire et l’écriture ; la troisième, les voix – et les mots ?

Michel Gribinski

Collection Connaissance de l’inconscient, Curiosités freudiennes, Gallimard.
Parution : 25-10-1994


Analyse ordinaire Analyse extraordinaire

Les VARIA de la Nouvelle revue de psychanalyse I

« “Le travail égrené dans l’épaisseur des séances, un quotidien de l’analyse, un ordinaire” » : ces mots de Georges Perec auraient pu nous servir de programme lorsqu’en 1983 J.-B. Pontalis a ouvert la Nouvelle revue de psychanalyse au premier Cahier de “VARIA” et qu’il m’a offert d’en prendre la responsabilité. Dans cette rubrique sans thème, dans ces feuilles que nous souhaitions extraites du “carnet de bord” réel ou rêvé du psychanalyste, nous voulions permettre une écriture moins “secondarisée” que celle qui est nécessaire aux études de fond, une écriture de l’idée qui vient malgré moi, voire malgré mon Moi. […]
Quant au contenu, nous pensions à ce qui reste, dans un certain pêle-mêle, au fond des filets que jette l’analyste un peu partout et peut-être inconsidérément, ces “choses”, ces productions de l’inconscient ramenées parce qu’elles n’ont pas la même forme que celle, préformée, réglementaire, de ses mailles, ou une trace de celles qui, plus chanceuses, ont fui. Et comme il y a plus d’analystes que de psychanalystes, nous avons sollicité également des auteurs liés à d’autres disciplines, dont l’objet est, comme le nôtre, sans repos.
Le résultat fut différent de l’intention : en installant leur liberté dans le travail quotidien, ces quelque cinquante contributions (réordonnées dans ce premier recueil), dues à presque quarante auteurs, ont pris la pente, nolens volens, de l’extraordinaire.

Collection Connaissance de l’inconscient, Curiosités freudiennes, Gallimard.
Parution : 13-01-1994


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