Laurence Kahn


Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne

– Un psychanalyste apathique, c’est un psy qui somnole ?
– Non, c’est quelqu’un qui ne se laisse pas prendre par le pathos.
– Il est indifférent – ce n’est pas mieux.
– Non : il est engagé ! Mais il ne se laisse pas faire par les bons sentiments.
– Tiens, certains se laissent faire ? Qui ?
– Les psychanalystes empathiques. Que ne sont pas les apathiques.
– Je vois. C’est mal, d’être empathique.
– Quand cela permet d’en finir avec la scientificité. L’inconvenance et le mordant de la découverte freudienne sont menacés par une conception anglosaxonne molle du postmoderne.
– C’est grave d’être un patient postmoderne ?
– Cela veut dire que l’on a un psychanalyste postmoderne. Il s’occupera de votre identité ; il s’occupera des traumas de votre « environnement précoce » (langue de bois pour parler de l’enfance) ; il s’occupera de votre unité. Mais que fera-t-il du scandale psychique qui vous fait vivre, et va du sexuel à la création ?

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 10 avril 2014


L’écoute de l’analyste

De l’acte à la forme

Qu’attendre d’un ouvrage psychanalytique sinon une réflexion sur le travail du psychanalyste, sur cette écoute si singulière où il prend sa source ? Ce livre est plus encore : il conduit une réflexion rigoureuse sur ce qui organise le tissu même de la « vie de l’âme », sur les éléments constitutifs de la psyché, sur ce qui l’anime et la construit dans ses formes palpables – rêve, pensée, symptôme, transfert. Il distingue ce qui émeut, ce qui affecte, ce qui veut, ce qui agit. Il dessine les voies sensibles par lesquelles cela se transmet : configurations qui apparaissent, qui se transforment et se déforment, qui souvent naissent plus qu’elles ne renaissent au cours du processus analytique.
Écouter l’inconscient implique de discerner toutes les formes dans lesquelles il peut se manifester. Entre la surface et le fond, il faut reconnaître « l’action de la forme ».

Collection Le fil rouge, PUF.
Parution : 7 mars 2012


Faire parler le destin

Entre L’Interprétation du rêve ( 1899 ) et L’Homme Moïse et la religion monothéiste ( 1939 ), le monde a basculé.
Après la ruine culturelle de la Grande Guerre, à quelle représentation du destin confier le projet d’émancipation de l’humanité ? Comment, face à la faillite des idéaux, concevoir les forces psychiques qui assujettissent les hommes ? La « faute tragique » telle que Freud l’avait héritée des Grecs permet-elle encore d’appréhender le désir meurtrier inconscient, son refoulement et la culpabilité civilisatrice ?
A partir de 1920, Freud remanie en profondeur son appareil théorique pour saisir les sources de la sauvagerie psychique, introduisant la pulsion de mort pour élucider l’aspiration à la destruction, ne renonçant jamais aux exigences de la raison lorsque « faire parler le destin » cherche à nommer les puissances qui dominent et tiennent captive l’humanité.
De l’inconnaissable des romantiques au mythe du meurtre originaire, de la controverse avec les détracteurs de l’inconscient à la réflexion sur l’assise scientifique de la psychanalyse, Freud ne cesse de soumettre à évaluation critique les « préjugés enthousiastes » du Siècle des Lumières, parcourant le chemin d’une désillusion dont nous sommes les héritiers directs.
Freud, continuateur de Kant et de Goethe, et interlocuteur de Thomas Mann – qui a partagé sa terrible lucidité face au désastre qui s’avançait.
Comment apprécier aujourd’hui l’effet de ce désastre sur le devenir de la psychanalyse ? Est-il seulement exact de parler de « crise » lorsque l’effondrement de la scène tragique a ébranlé l’architecture même de la pensée qui permettait de concevoir la symbolisation des destinées ?
En quelle « langue » le destin peut-il encore se dire ?

Collectin Méridiens, Klincksieck.
Parution : 8 mars 2005


Cures d’enfance

« “Toi, l’es nue des fois ? – Oui. – Toi, l’aimes, nue ? – Et toi, tu aimes ça, être nue ? – Moi l’aime.” Elle s’est assise par terre et elle s’est lentement rhabillée. »
Comment l’enfant en traitement déroute-t-il nos conceptions de l’enfance ? Comment l’analyste parvient-il, dans ces cures particulières, à se déprendre de l’illusion d’une présence immédiate de ce temps perdu de mémoire ?
Une illusion assurément, qui veut effacer le trouble désordonné que nous avons autrefois connu, lorsque nous nous promettions que tout irait comme il faut quand nous serions grands, que nous en saurions plus et que nous pourrions davantage.
Au coeur du traitement d’un enfant – et sans doute est-ce là que la psychanalyse se distingue radicalement de la psychologie et de ses observations –, la réalité palpable de la croissance, de la maturation et de leurs transformations rencontre de plein fouet le désir infantile, refoulé, déformé, remanié, de l’adulte. Et c’est sur le terrain de cette déformation qu’un petit et un grand, celui qui ne sait pas encore et celui qui croyait savoir, se rencontrent.

Collection Connaissance de l’inconscient, Série Tracés, Gallimard
Parution : 08-04-2004


Fiction et vérité freudiennes

Jeune au regard de la science et de la philosophie, la psychanalyse a néanmoins un passé et, plus encore, un présent fait d’une pratique et d’horizons théoriques. De l’analyse de l’adulte à celle de l’enfant, la pensée de Freud ( 1856-1939 ) montre sa force réactive et inventive face aux difficultés et aux questionnements qui surgissent de la relation analytique.
Pour autant, ces entretiens ne s’adressent pas aux psychanalystes. En accompagnant la réflexion et la pratique d’une psychanalyste d’aujourd’hui, ils s’efforcent d’indiquer la voie de l’analyse à qui n’est pas familier de la pensée de Freud. Ils disent, dans une langue ouverte, l’histoire et la diversité des enjeux d’une œuvre qui demeure l’une des plus grandes affaires intellectuelles de notre temps. Faire droit à la psychanalyse, c’est faire droit à une manière compliquée de voir l’individu et à une manière de voir autrement le monde.

Entretiens avec Michel Enaudeau
Balland, 10 février 2004


Sigmund Freud. Volume 2

1897-1904

« Nul n’a idée que le rêve n’est pas un non-sens mais un accomplissement de désir » écrit Freud à Fliess. La période qui s’étend de 1897 à 1905 s’inscrit en effet sous le signe du rêve et de son interprétation. Freud va rédiger ce monument qu’est la TraumdeutungL’interprétation des rêves — le livre qui rend ses lecteurs psychanalystes — et, ayant abandonné sa « neurotica » — théorie expliquant les symptômes hystériques par la séduction —, va déplacer son intérêt du symptôme au fantasme.
La psychanalyse franchit une étape décisive et la compréhension de l’appareil psychique développée dans le chapitre VII de L’interprétation des rêves va constituer la première publication d’envergure de la théorie psychanalytique : les rapports entre l’Inconscient, le préconscient et la conscience définissent la première « topique » psychique. L’analyse de Dora, à la fin de 1900, sera l’exemple même de la technique analytique de Freud à cette époque… et l’illustration de ses limites. La psychopathologie de la vie quotidienne, celle des actes manqués, mettra en lumière l’omniprésence de l’inconscient dans la vie éveillée.

Collection Psychanalystes d’aujourd’hui, PUF.
Parution : 1er septembre 2000


La petite maison de l’âme

La maison de l’âme est une expression empruntée à Démocrite. Démocrite dit qu’elle est habitée par le daimôn. Intraduisible daimôn : ce qui s’agite, ce qui nous agite. Où se trouve la maison de l’âme ? Comment est-elle faite ? Peut-on en changer ?
Selon quatre directions, Laurence Kahn la décrit et l’explore dans ce livre : l’âme en mouvement, ses langues, ses interventions et ses déguisements, ses maladies et leurs histoires.
Où l’on s’aperçoit que notre âme continue d’être pour nous une question inquiète et non moins agitée que ce qui l’habite. Elle est immuable car elle est soumise à la répétition. Mais c’est une répétition nomade : ses figures ne cessent de migrer.

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 16 mars 1993


Hermès passe

ou les ambiguïtés de la communication

Collection Textes à l’appui, Maspero.
Parution : 24 novembre 1978


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