Kostas Nassikas


Autorité et force du dire

L’autorité se situe à l’intérieur du dire elle donne à celui-ci sa dimension d’effectivité qui lui permet de se transformer en actes. C’est l’échec de l’autorité qui mène à l’usage de la contrainte et de la violence.
Le modèle de l’autorité qui vient d’une hiérarchie préétablie (rapports familiaux, éducatifs ou entre « spécialistes » et « clients ») est un modèle erroné. L’autorité prend son plein sens dans les rapports entre adultes libres et égaux. La force du dire qui amène à la conviction et, quand il le faut, à sa transformation en actes, est peu liée à la tendance subjective, héritée de l’enfance, à déléguer une fonction de pouvoir à une figure paternelle ou parentale.
C’est la présence invisible des « garants » dans le dire du locuteur qui donne à celui-ci son statut d’autorité.
Autrement dit, le dire, qui dégage une notion d’autorité, laisse entendre que les places des différentes parties présentes sont reconnues et respectées. Ce dire peut ainsi devenir effectif et se transformer en actions concernant le vivre ensemble et le bien commun, là où chacun peut prendre plaisir dans sa vie en tant que membre d’une pluralité.

Les angles des psychanalystes, des philosophes, des sociologues, des spécialistes en sciences de l’éducation et des poètes, qui participent à cet ouvrage, enrichissent et approfondissent notre compréhension de la notion de l’autorité.

Avec les contributions de Démosthène Agrafiotis, Patricia Attigui, Muriel Carrupt, Richard Durastante, Dominique Favre, Magdalena Kohout-Diaz, Daniel Marcelli, Élisa Martin, Philippe Meirieu, Thierry Ménissier, Marie Rose Moro, Stéphane Pawloff, Patrick Pelege, Jean Peuch-Lestrade, Thierry Rochet, François Vaucluse et Ion Vezeanu.

Collection Monographies de la psychiatrie enfant, PUF.
Parution : 30 janvier 2016


Fabriques de la langue

Où et comment se fabrique la langue ? Quels sont les lieux où elle se crée, se recrée et se modifie constamment ? L’originalité de cet ouvrage est d’ouvrir, à partir de ces questions, le champ d’une réflexion commune aux psychanalystes, linguistes, philosophes et créateurs littéraires dont les propositions sont ici mises en dialogue.
Les études réunies prolongent la position de Saussure, pour qui la question des origines de la langue était indissociable de celle de ses transformations. Les processus de création ou de recréation de la langue, façonnés par les étapes primordiales de la désignation et de la nomination, sont ainsi abordés au croisement de plusieurs approches. Leur rapprochement fait émerger des points d’ancrage communs, de la dynamique du discours et du transfert dans la cure psychanalytique à celle qui structure le bain sonore et séméiotique dans lequel la langue est transmise aux enfants, ou encore dans ce que révèlent les hypothèses linguistiques sur les origines du langage, dans ce que la traduction comme la création poétique et littéraire nous apprennent sur le langage.
L’ensemble montre finalement que si la langue peut enfermer et meurtrir, elle permet aussi de ( se ) faire exister ou de donner la parole à ceux qui ne l’ont plus.

Avec Emmanuelle Prak-Derrington, Caroline Rossi, André Green, François Rastier, Michel Arrivé, Denis Forest, Didier Bottineau, Aliyah Morgenstern, Bernard Golse, Frédéric François, Vassilis Alexakis, François Vaucluse, Démosthène Agrafiotis, Alain Wexler, Colette Combe, Janine Altounian.
Collection Le fil rouge, PUF.
Parution : 10 octobre 2012


Anthologie de la poésie grecque

( 1975-2005 )

Cette anthologie-ci « cueille » les poètes grecs contemporains qui ont « fleuri » ( anthos = fleur ) après la mort du Nobel de littérature de 1963, le poète Séféris ; l’enterrement de celui-ci, en 1971 à Athènes, fut l’occasion de la première grande manifestation au sein d’une Grèce plongée dans le noir et la terreur de la dictature des colonels.
C’est dans cette aube politique et poétique que les participants à cette anthologie ont commencé à publier ; ils continuent de vivre dans une société qui ( re )prend le cours de l’histoire au milieu d’un ensemble de paradoxes : les restes ottomans survivent encore dans diverses habitudes du quotidien et, en particulier, à travers la corruption ; l’église, avec ses traits byzantins, est très influente ; cela contraste avec la volonté de cette société de se déclarer post-industrielle, alors qu’elle n’a jamais été industrielle ! Sa montée sur le char européen a mis l’accent sur une démocratie confrontée à l’enrichissement excessif de certaines couches sociales, ce qui a profondément malmené ses valeurs humaines. La poésie s’est trouvée, de ce fait, au premier plan de la « résistance » et du « dire vrai » face à l’envahissement des valeurs mercantiles tout en poursuivant son travail introspectif et son « regard existentiel » sur le sujet.

Avec Démosthène Agrafiotis.
Collection Levée d’ancre, L’Harmattan.
Parution : février 2012


Exils de langue

« La main qui ouvrira mon livre aura peut-être serré la main de celui qui fut l’assassin de ma mère… Et pire encore pourrait arriver… Pourtant, mon destin est celui-ci : d’avoir à écrire des pommes en allemand », écrivait Paul Celan.
C’est à partir de cette expérience d’un exil absolu que l’auteur a entrepris une étude au carrefour de la linguistique, de l’anthropologie et de la psychanalyse qui nous conduit, de façon parfois vertigineuse, à plonger dans le monde de la régression, de la dépersonnalisation et de la construction permanente de soi-même à travers l’écriture et la langue, traitresse par nature, et plus encore si elle est la même que celle des traîtres et des bourreaux.
Cette réflexion l’amène à interroger les modalités de présente de l’indicible et de la destruction à l’intérieur de la langue. Il analyse plus particulièrement les modes de
retour de ces « présences » à l’intérieur de l’expérience transférentielle ; celle.ci se révèle progressivement être un lieu de régression du langage dans un bain sémiotique faisant émerger les dimensions et les conditions des origines du temps instituant la ( re )fabrication constante de la langue.

Presses Universitaires de France.
Parution : 20 mars 2011


Le trauma entre création et destruction

Les auteurs de cet ouvrage s’inscrivent en contrepoint aux nombreuses publications de ces dernières années sur le traumatisme, ce qui a pris l’allure d’une traumatofolie voire d’une traumatophilie. Prenant du recul face aux recettes médicales pour traiter l’urgence du traumatisme, ils abordent la richesse de la notion de trauma, ce heurt du sujet avec son environnement naturel ou humain, dans la constitution du psychisme humain, de son langage, de sa créativité et de son historicité.
Ils montrent aussi que le risque de déformation, de destruction ou d’annihilation de l’être humain par de l’inhumain qu’il porte en lui est présent à tout instant. L’analyse des enjeux dans les différentes formes de cette lutte, y compris pathologique, est la modeste contribution de ce travail collectif à celle-là.

Avec Jacques Hochmann, Ghyslain Levy, Bernard Golse, Gerassimos Stephanatos, Didier Lippe, Claude Janin, Athanassios Alexandridis, Rolland Lazarovici, Jean-Pierre Chartier, Judith Dupont, Dominique Favre, Jean Peuch-Lestrade.
Collection L’œuvre et la psyché, L’Harmattan.
Parution : 27 septembre 2009


Le corps dans le langage des adolescents

L’adolescence se découvre, à l’adolescent lui-même et à son entourage, par les changements corporels. Ces modifications internes, où « l’odeur » du sexuel ne peut plus passer inaperçue, poussent à la recherche de satisfactions immédiates mettant les mots en difficulté. Le « faire corporel » participe au langage des adolescents de différentes façons : il peut parfois déformer les mots ou les rendre caducs, ou encore s’autonomiser, hors de toute recherche de communication avec l’autre, dans les comportements à risque ou violents, dans les toxicomanies, les troubles alimentaires, les scarifications, les tentatives de suicide, etc. Comment comprendre ce langage du corps des adolescents ? Comment les aider à l’articuler avec la communication parlée qui autorise la circulation du sens et les possibilités du vivre-ensemble ?

Collection La petite collection d’enfances & psy, Érès.
Parution : 19 février 2009


Oralité et violence

Du cannibalisme aux grèves de la faim

La bouche est une scène ; il s’y joue de nombreux scénarios dont le principal est celui de l’incorporation-introjection-identification. A la différence des autres scènes ( du théâtre, de l’opéra ), le rideau s’ouvre ici vers le bas ( ventre ) ; il existe même des pièces qui se jouent à rideau fermé ou qui jouent seulement avec l’ouverture-fermeture. Les acteurs sont ceux qui constituent l’identité et le monde intérieur de l’individu en interaction avec ceux du monde extérieur et du sacré.

Les grèves de la faim servent ici de paradigme à l’étude psychanalytique du langage infralinguistique de l’oralité ( ainsi que le jeûne, l’ascétisme, le végétarisme, le cannibalisme, les repas funéraires, etc. ) et de la crise, voire de la mutation du sacré qu’elles annoncent. Le message de Gandhi est suivi pas à pas, de l’ahimsā au jeûne, comme pratique politico-religieuse. La violence emprunte, derrière sa négation, les chemins de la fantasmatique orale pour se manifester ; il en est de même pour la mort derrière le pseudoépicurisme des sociétés d’abondance. L’idéalophagie que celles-ci développent est la messagère du retour vers une théocratie des déesses-mères.

Collection Psychanalyse et civilisation, L’Harmattan.
Parution : 15 mai 2000


Traces du corps et mémoire du rêve

Au-delà de la psychosomatique

Les traces du corps sont sensibles et parfois douloureuses quand elles font partie d’une maladie ; leur participation à la constitution des traces psychiques, de la mémoire et de l’histoire du sujet, fait l’objet de cette étude.
Un premier temps de la réflexion passe par la critique épistémologique de la causalité simple et linéaire des différentes théories psychosomatiques. On constate ainsi la coexistence simultanée et complexe de trois logiques : celle du corps ( qui sont les mêmes chez tout être vivant ou animal ), celle du psychisme humain et celle du symptôme. Chaque entité conserve une relative autonomie dans le fonctionnement bio-psycho-logique du sujet, alors que les logiques psychiques y mettent du sens en lien avec la fantasmatique du sexuel et du désir.
On peut ainsi trouver dans le fonctionnement psychique des fragments entiers des logiques du vivant à peine modifiés par la sémantique langagière qui y domine. Le retour répétitif de ces fragments dans les logiques du symptôme semble être en lien avec la constitution traumatique des lieux et fonctions psychiques et tout particulièrement de l’auto-érotisme.
Quelques fragments cliniques nous laissent voir comment les traces sensibles sont amenées au présent du récit du patient par la mémoire amnésique du transfert ; celui-ci rejoint le travail du rêve qui se déroule pendant la séance d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse. C’est ainsi que la mémoire du rêve relie les aspects traumatiques, réanimés par les traces sensibles, avec l’infantile et ses temporalités. Retrouvant ses liens avec le temps des autres, la mémoire du sujet peut sortir de la répétition et s’ouvrir au mouvement de sa propre histoire au moment où celle-ci est en train de se faire.

Collection Psychanalyse et civilisation, L’Harmattan.
Parution : 6 mars 1996.
Réédition : 3 mai 2000


Journal d’une anorexie

Le sacrifice au maternel

Collection Psychanalyse et civilisation, L’Harmattan.
Parution : 1er décembre 1992.
Réédition : 23 avril 2001


Autres publications de Kostas Nassikas