Jean-Claude Rolland


Quatre essais sur la vie de l’âme

« “Un jour je ramènerai l’âme au bout de mon scalpel !” proclamait le maître de mon professeur d’anatomie. L’audace de ce défi qui m’arrachait au sommeil “bien-pensant” et aux tentations de l’obscurantisme me subjuguait.
C’est ce même défi que j’ai trouvé, cette fois relevé chez Freud avec la notion d’appareil d’âme – le Seelischer Apparat – dont la représentation, sous le scalpel de la théorie, ne peut pas ne pas convaincre un esprit exigeant. Né du mariage de l’intérêt scientifique et de la passion culturelle, le concept d’appareil d’âme est si moderne qu’il n’est pas encore totalement admis dans les mentalités. La notion d’appareil, apparue là où on ne l’attendait vraiment pas, n’est pas une simple représentation de l’objet “âme” : elle rend à cet objet la réalité qui lui est propre – l’âme est le lieu où l’homme se révèle dans son irréductible “appareil”.
Cet appareil est immatériel, mais vivant. Il rayonne dans la durée, a une étendue – et “n’en sait rien”, ajoutait Freud. Il a une épaisseur parce qu’il se développe par à-coups, chaque vague de sa croissance laissant des traces qui se superposent. »
La douleur, l’image, le processus et l’attente stratifient ces quatre essais sur la vie de l’âme et sa consistance indéniable.
Au fil de pages inspirées, Jean-Claude Rolland retrouve cette consistance même dans la pratique de l’analyse et dans une clinique exploratrice où son invention de l’interprétation analogique entre en écho avec d’autres inventions, littéraires et picturales.

Collection Connaissance de l’Inconscient, Gallimard
Parution : 17 avril 2015


Les yeux de l’âme

Hamlet : J’aurais mieux aimé rencontrer mon pire ennemi au Ciel, Horatio, que de vivre un pareil jour… Mon père ! il me semble que je vois mon père.
Horatio : Où, monseigneur ?
Hamlet : Avec les yeux de l’âme, Horatio.

Le discours de la tragédie est précieux pour comprendre le destin auquel la cure analytique contraint la parole de l’analysant. Celui-ci parle d’abord « de quelque chose » puis, comme la fée de Cendrillon fait d’un potiron et de quatre rats un carrosse et un attelage, le transfert détourne sa parole de cette fonction référentielle, la transforme en un chemin ou en un « véhicule » (ainsi que le shivaïsme désigne la monture sacrée permettant aux dieux de commercer avec les vivants), un chemin qui le conduit sur des terres psychiques inconnues de lui, lui fait rencontrer des images : certaines viennent d’un passé si lointain, si effacé du souvenir qu’elles ne lui sont nullement familières ; d’autres sont d’une époque plus récente et heureuse. Certaines relèvent du fantastique ; d’autres de la banalité. Certaines sont marquées d’effroi ou de douleur ; d’autres revêtent l’habit déceptif des objets aimés quoique perdus.

Collection Connaissance de l’inconscient, Tracés, Gallimard.
Parution : 7 mai 2010


Avant d’être celui qui parle

Deux sections dans ce livre. La première est intitulée « Langage », la seconde « Image ». Apparemment cet ordre – d’abord le langage, ensuite l’image – vient contredire le titre de l’ouvrage, Avant d’être celui qui parle, l’homme est un voyant. Pourtant il n’y a pas là de contradiction car Jean-Claude Rolland n’entend pas établir une hiérarchie entre langage et image ni les opposer ; il s’emploie à montrer ce qui les lie l’un à l’autre tout autant que ce qui les délie : union et séparation. Les questions avec lesquelles il se débat et sans doute avec lui tout psychanalyste sont les suivantes : quel rapport entretient le langage avec ce qu’on appelle assez improprement l’image ? Y a-t-il entre eux quelque accointance ou bien s’agit-il d’une rupture entre deux « registres » incompatibles ? À quoi renonçons-nous en cessant d’être voyants ? Et d’ailleurs, est-il vrai que nous cessions de l’être ? Que gagnons-nous dans cet éventuel renoncement qui nous ferait devenir sujet parlant ? Gain ou perte ? C’est une question similaire que nous rencontrons quand nous abandonnons nos objets d’amour primaires qualifiés d’œdipiens pour pouvoir pleinement en investir d’autres. Alors devons-nous guérir du « don de voyance » comme nous nous efforçons de « guérir du mal d’aimer » (titre du précédent livre de l’auteur) ? Sans succès dans les deux cas…
L’auteur n’entend pas décider pour nous des réponses à ces questions. Il nous maintient dans l’incertitude où il réside lui-même. Incertitude qui ne témoigne pas d’une hésitation mais qui indique une tension permanente entre deux pôles.

Collection Connaissance de l’inconscient, Tracés, Gallimard.
Parution : 21 avril 2006


Guérir du mal d’aimer

Ne pas être comme les autres. Entendez : être aimé plus que l’autre, plus que quiconque. Ce désir insensé règne au cœur de l’esprit humain, un désir – ou un fantasme – si violent qu’il dicte son destin au plus fou comme au plus sage, à celui qui croit au ciel comme à celui qui n’y croit pas, et si secret que nul n’en aurait pris la mesure… si la psychanalyse n’avait pas existé.
Être aimé, mais de qui ? d’un objet plus secret encore que l’amour même, d’un objet enfoui dans les méandres de notre mémoire et d’autant plus aimé qu’il est perdu .
Par quelles voies l’activité de parole telle qu’elle s’exerce dans la cure analytique parvient-elle à nous éloigner de cette mélancolie qui, ignorant le temps, s’acharne à garder vivantes les voix chères qui se sont tues et imprègne toujours peu ou prou l’ordinaire de nos amours ?
Comment guérir du mal d’aimer et préserver les chances de l’amour ?
C’est à ces questions que ce livre, animé par l’espoir et lui-même traversé tout au long par une passion, celle de penser la chose inconsciente, souhaite apporter des réponses en multipliant les angles d’approche.

Collection Connaissance de l’inconscient, Tracés, Gallimard.
Parution : 3 février 1998


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