Jean-Claude Lavie


L’amour est un crime parfait

Que vous veut-on, quand on vous dit : « je t’aime » ?
La déclaration ne déclare guère ce qu’elle déclare. Pas même si elle est de l’offre ou de la demande. la magie de la formule ne tient pas à son sens, mais à son élocution. Sans dire ce qu’elle requiert, elle l’exige, tout simplement. « Je t’aime » est une clé, un mot de passe.
Qui exprime sa flamme se confère des droits. L’amour a l’étrange vertu de légitimer ce qui se trame en son nom. De l’ardeur à la caresse, il n’a rien à justifier, du dépit à la violence, non plus. Ce que vous veut qui vous aime est sans recours.
L’amour ne s’autorise que de lui-même.

Et à quoi s’expose-t-on quand on aime ?
Au pire évidemment ! De l’autre comme de soi.
L’amour invite à souffrir autant qu’à faire souffrir. Il anoblit ce qu’on subit comme ce qu’on fait subir. L’amour contente pour autant qu’il aveugle. Il pare de noblesse nos plus grandes faiblesses. En son nom tout peut se faire.
En son nom, tout se fait.

Est-ce folie d’aimer ?

Collection Connaissance de l’inconscient, Tracés, Gallimard.
Parution : 3 janvier 1997.
Réédition : Folio essais, 20 novembre 2002


Qui je… ?

« …Que la Terre soit ronde, il faut y consentir. Avant, elle était plate, il fallait bien en convenir. Comment la voir ronde si elle s’avère plate, ou se la garder plate quand elle devient ronde ? Notre liberté de penser ne va pas jusqu’à nous affranchir de ce que nous sommes culturellement tenus d’admettre. Nés ailleurs, parfois pas très loin, nous parlerions, nous penserions autrement. Qui serions-nous, que serions-nous ? Sommes-nous l’assemblage des croyances qui acheminent nos idées ? Réfléchir, comprendre, mais souffrir et aimer tout autant, c’est militer pour des mots contre des mots avec des mots.
Ne pouvoir situer le langage que par le langage semble l’entourer de mystère, alors qu’il n’est entouré par rien. Pas même par rien. Il n’est pas entouré. Là où il n’y a rien, il y a le mot. Là où il n’y a pas de mot, qu’y aurait-il ? Non que la puissance du mot soit absolue,
simplement que sa réalité est exclusive de toute autre. A la découverte du monde par la pensée, nous n’apercevons jamais que notre pensée.
Ce n’est plus le Paradis terrestre, l’homme et la femme ne sont plus nus, leur corps reste toujours couvert de sens. Si dans notre esprit un chat est un chat, qui peut dire ce que le chat vient faire là ? Et le pénible que vient-il y faire ? Ce n’est pas tant ce que nous pensons qui importe, mais ce que nous faisons en le pensant. Dans notre relation
à Dieu, ce n’est pas Dieu qui est rassurant, mais notre relation à lui… »

En restant au plus près de la clinique analytique, tout autant que du quotidien le plus banal, l’auteur nous propose une image de nous qui retient, angoisse, libère quelque peu et, ce qui est rare dans la littérature psychanalytique, réussit à divertir.
Un livre qui, « mine de rien », fait vaciller nos certitudes sur la pensée, l’identité, la souffrance, le corps, l’amour…

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 12 février 1985


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