Guy Rosolato


Les cinq axes de la psychanalyse

La pratique psychanalytique incluant ses bases théoriques peut être décrite selon des orientations distribuées en cinq axes. Certains d’entre eux constituent des options dominantes, propres aux courants actuels, mais ils sont surtout des potentiels toujours présents auxquels le psychanalyste peut se référer.
On distinguera :
1/La psychanalyse logodynamique qui tient à l’essentiel de toute pratique, à la relation de parole qui par elle-même conduit à la découverte du refoulement et de l’inconscient où se révèle le désir. L’écoute de l’analyste soutient cette dynamique des signifiants et du sens en écartant les effets de suggestion. Cet axe est toujours présent dans la cure où le sujet se trouve à juste titre en position d’analysant.
2/La psychanalyse technologique regroupe les acquis depuis Freud qui orientent rationnellement la pratique. Elle situe des repères bien mis en évidence par l’expérience, à savoir : le cadre, les interprétations, le transfert et le contre-transfert, et les résistances.
3/La psychanalyse idéaloducte répond à la valeur prise par l’idéalisation des théories et des pratiques dans la transmission d’une expérience et d’un savoir, d’une science, dans la succession des maîtres à travers les générations.
4/La psychanalyse au négatif a mis en relief la nécessité d’une remise en cause continuelle des théories en fonction d’un inconnu, en limitant les interprétations systématiques et abusives, en s’ouvrant à un appel du désir vers des découvertes successives.
5/La psychanalyse transgressive, à l’exemple des recherches de Ferenczi, de Rank et Reich, offre des voies d’exploration selon des techniques actives, ou de suppléance et de compensation, ou libératrices, lesquelles, au minimum, peuvent être virtuellement évoquées par le psychanalyste. Enfin, en un dernier chapitre, un examen critique des cinq axes permet d’évaluer le choix exclusif de l’un d’eux et les raisons de recourir aux autres.

Collection Bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 9 août 1999


La portée du désir

ou la psychanalyse même

Avec cette approche visant la spécificité du désir il importait d’abord de le libérer d’une réduction qui n’y verrait qu’une force, une énergie, au seul repérage économique, ou qu’une pulsion biologique, de vie ou de mort, en marge des mécanismes mentaux et de sens. Car le désir est fondamentalement lié aux représentations, aux signifiants qui les constituent, à leurs articulations menant au sens dans la pensée et le langage.
On sait depuis Freud que le rêve représente le désir et son accomplissement, et selon la double potentialité de l’inconscient, d’oubli, de refoulement, ou au contraire de résurgences signifiantes. Si le désir mène certainement à la satisfaction des plaisirs, il vise, essentiellement, un dépassement, grâce aux effets de la négation, vers un inconnu, à condition que celui-ci soit identifiable, accepté, et puisse ainsi conduire à des questions, sources de toutes recherches et de découvertes, au-delà des illusions, des fantasmes, dans la réalité même. Le désir atteint toute sa portée d’inconnu quand se manifeste la finitude, celle du savoir, du pouvoir.
L’ « objet de perspective », cause et objet du désir, centre la liaison active à l’inconnu, où s’orientent les cinq champs des idéaux humains et leurs sublimations tant de la haine que de l’amour sexuel. Ainsi le désir anime les fantasmes originaires qui eux-mêmes organisent les axes des grands mythes servant à saisir et dominer l’inconnu, et surtout celui de la mort.
Il y a lieu cependant de cerner une idéalisation du désir lui-même lorsqu’une surenchère narcissique pousse aux excès de l’austérité et du masochisme, au retrait de la solitude, ou aux confins de la passion ou des délires, avec la mort comme enjeu dans les violences sociales ou le suicide.
Enfin les rapports entre le désir et la Loi impliquent un franchissement réciproque : la Loi surmonte le désir, mais en est le produit ; et le désir a le pouvoir de transgresser la Loi qui lui donne les moyens de se réaliser.

Collection Bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 1er décembre 1996


Pour une psychanalyse exploratrice dans la culture

Collection Bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 1er mars 1993


Le sacrifice

Repères psychanalytiques

On ne peut, aujourd’hui, étudier le sacrifice en faisant abstraction des acquis freudiens. Ce livre analyse les fonctions du sacrifice, à savoir : comme « traitement » de la culpabilité, usage et canalisation de la violence et de cette destructivité en laquelle l’homme ne connaît plus de limites, où une paranoïa collective prend le relais des manifestations individuelles, l’ensemble bâtissant une union, une alliance de groupe ayant pour axe la relation Père-Fils, dans le but d’obtenir un pouvoir sur la mort.
Cette recherche met en évidence une structure en cinq pôles du sacrifice, comportant un Idéal, un Meneur et des Fidèles dont les relations se nouent par rapport à une Victime émissaire, puis avec une Victime rituelle, commémorative.
A partir de ces repères, une étude différentielle peut se centrer sur les mythes sacrificiels religieux qui sont à la base de notre civilisation, qui s’intègrent à son développement et l’animent, dans leurs particularités judaïques, chrétiennes et musulmanes.
En outre, cette méthode d’analyse va permettre d’observer des mythes sacrificiels nouveaux, par exemple dans l’œuvre de Freud (avec le mythe d’OEdipe, avec, dans Totem et tabou, le meurtre préhistorique du père, et, dans L’homme Moïse et la religion monothéiste, le meurtre de Moïse).
Elle aidera à reconnaître la permanence ou la réapparition des imagos sacrificielles dans les cures psychanalytiques. Enfin, elle pourra détecter la résurgence, dans la réalité, des actes sanglants contre un bouc émissaire et y découvrir les premiers signes de sacrifices naissants.

Collection Bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 1er novembre 1987.
Réédition : Collection Quadrige, PUF, 10 septembre 2002.
Traduit en Espagnol par Marcela Nasta, El sacrificio – estudio psicoanálitico, Nueva Visión, 2004.
Traduit en Chinois en 2008


Éléments de l’interprétation

La psychanalyse, dans son nom même, est portée par une exigence rationnelle. Elle se doit donc, comme chaque science, de mettre en évidence des éléments dans le champ qui lui est propre.
Ces éléments, l’auteur, à la suite de Lacan, les identifie dans les « signifiants ». Mais il précise, proche alors de Bion, que les signifiants à l’œuvre en psychanalyse sont loin d’être toujours linguistiques. On doit reconnaître, en s’aidant de la distinction aujourd’hui opérée entre langage digital et représentation analogique, ce qu’il nomme les signifiants de démarcation, éléments de toute représentation non verbale.
La première partie de ce livre explore les relations que dégage l’interprétation entre le langage, la représentation et le référent.
Avec la deuxième partie sont abordés certains systèmes de signifiants organisateurs pour les pensées de l’individu comme pour les idéaux et les règles de la société : entre autres, les systèmes d’écriture qui commandent les interdits, ou encore le « complexe de croyance ».
Sont ensuite décelés les éléments qui soutiennent et forment les interprétations délirantes, sur l’exemple de la paranoïa et des hallucinations acoustico-verbales. Enfin une dernière section est centrée sur la peinture (l’icône byzantine, Claude Lorrain) et sur la musique où domine le signifiant de démarcation.

Collection Connaissance de l’inconscient, La Psychanalyse dans son histoire, Gallimard.
Parution : 13 mars 1985


La relation d’inconnu

Les Essais sur le symbolique (1969) étaient axés sur la figure du père, la fonction de la loi, les rapports du langage et de l’inconscient.
Ce nouveau livre de Guy Rosolato nous fait mesurer l’importance de l’autre versant que la référence prévalente au père risque d’autant plus aisément de camoufler qu’il doit demeurer zone d’ombre, garder une affinité avec le non-dit : la relation originelle à la mère dont l’auteur montre qu’elle façonne ce qu’il nomme la relation d’inconnu.
Relation d’inconnu – notion calquée sur celle, usuelle en psychanalyse, de relation d’objet – et non à l’inconnu qui, une fois localisé, serait par là même évacuable. Ce sont plutôt les effets en chacun de nous de cet inconnu, de ce que Breton appelait l’« infracassable noyau de nuit », que le livre rend sensibles, à travers l’étude ainsi renouvelée d’organisations psychopathologiques comme le fétichisme et la dépression, d’instances comme le narcissisme et les idéaux, de formations de l’inconscient comme le souvenir-écran. Des thèmes fantasmatiques tels que celui de l’enfant mort et des concepts originaux – entre autres, l’« oscillation métaphoro-métonymique » et l’« objet de perspective » – peuvent alors être dégagés.

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 12 avril 1978


Essais sur le symbolique

La question du symbolique, telle qu’elle est posée par la pratique de la psychanalyse, est abordée avec les essais réunis dans cet ouvrage sous trois chefs. D’abord celui des organisations qui soutiennent l’interdit, la prohibition de l’inceste : le complexe d’Œdipe et son pivot, le père ; le système généalogique suivi au cœur du mythe religieux, avec le sacrifice ; la différence des sexes. Puis, sur des exemples pris dans la peinture et la tragédie, le fait esthétique est exploré quant au fonctionnement symbolique des règles, et selon une sémiologie qu’elle ordonne. Enfin, la psychose et la perversion permettent d’exposer soit le défaut de symbolique, soit ses structures singulières, en rapport avec la mort, ou plus précisément, dans le sens d’une réflexion freudienne, avec la pulsion de mort.

Collection Tel, Gallimard.
Parution : 1969.
Rééditions : 23 janvier 1979


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