François Gantheret


Les multiples visages de l’Un

Le charme totalitaire

Parler, c’est chercher le dernier mot. C’est courir après un horizon où tout serait dit, enfin, où serait atteinte une Totalité idéale qui nous échappe sans cesse. Il y a un charme de l’Un. C’est un charme ambigu. Il peut être vénéneux. Promettant d’apaiser « le trouble de penser et la peine de vivre » (Tocqueville), il est le moteur de cette servitude volontaire que dénonçait pour s’en étonner La Boétie. Il fait la force des totalitarismes. Mais c’est aussi dans cette communion dans l’identique que Montaigne voyait l’absolu de l’amitié avec ce même La Boétie.
Le langage est l’instrument essentiel des totalitarismes : la langue est en elle-même « fasciste », osait Barthes, car elle contraint à une découpe imposée du réel. Mais c’est aussi par le langage que la poésie met au monde ce qui n’était qu’en souffrance de se dire. La psychanalyse se tient et opère au coeur même de ce paradoxe.
Ce livre soutient une thèse : c’est une capacité trop méconnue, trop peu explorée de l’âme, goûtant en elle-même le mouvement des sensations, qui surmonte ce paradoxe et permet d’en éviter les écueils : la sensualité.

Collectin Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 20 mars 2013


La nostalgie du présent

Psychanalyse et écriture

Écrire, analyser : quoi de commun à ces deux activités ? Lorsque c’est le même qui se livre à l’une et à l’autre, quelles ruptures en lui, entre fauteuil et table d’écriture, et quelles continuités ?

Psychanalyste et écrivain, l’auteur explore ici, dans une véritable autobiographie de la création, l’énigme qui leur est commune : comment les mots, qui ne sont que des signes, peuvent-ils mettre en présence de ce qu’ils désignent ?

Écume de la vie des hommes, simulacres du monde, les mots portent en eux, affirme François Gantheret, la nostalgie du présent.

Collection penser/rêver, l’Olivier.
Parution : 14 janvier 2010


Ferme les yeux

Jean Latran veut comprendre pourquoi sa femme a choisi la mort. Anne était peintre. Il cherche une explication dans les tableaux qu’elle a laissés, compositions abstraites systématiquement trouées par deux mystérieuses taches blanches. Qui pourrait lui en donner la clef ? Peut-être la personne qui ne cesse d’appeler sur le portable d’Anne… En décidant enfin de décrocher, Jean est loin d’imaginer quels redoutables secrets il est sur le point d’affronter.

Collectin Blanche, Gallimard.
Parution : 8 mars 2007


Comme le murmure d’un ruisseau

Paul est parti depuis plus de vingt-cinq ans du village de Haute-Savoie où il est né et où il a grandi, lorsqu’il doit y revenir pour réaliser la vente de la ferme familiale, louée depuis la mort du père. À cette occasion, il apprend que le chalet voisin est à vendre : celui d’une famille marquée par un drame, vingt-sept ans plus tôt. Claire, la fille de cette famille et l’amour de jeunesse de Paul, a été assassinée dans le torrent proche ; Claire et Paul avaient dix-sept ans à l’époque. On n’a jamais retrouvé l’assassin.
Une jeune femme vient récupérer les meubles avant la vente. Elle ressemble étrangement à Claire…
François Gantheret restitue avec délicatesse le contraste entre la limpidité des paysages montagnards et l’atmosphère épaisse de l’intérieur des fermes, lourde de silences, de non-dits, de secrets inavouables et douloureux.

Collection Blanche, Gallimard.
Parution : 2 mars 2006


Résistances

La résistance, c’est d’abord la résistance dans l’analyse, cet obstacle clinique qui dans l’espace de la cure est aussi le plus sûr outil pour accomplir le travail analytique. Entre la violence de l’interprétation, le menace de la suggestion, le refoulement et la compulsion de répétition, est-elle encore, dans la pratique et la théorie de la pratique, l’adversaire essentiel ?
La résistance c’est aussi la résistance à l’analyse, le nom donné par Freud au refus du bouleversement qu’apportait la découverte d’un inconscient sexuel. Entre les mouvements d’assimilation, qui réussissent à dévorer leur objet sans reste, et les assauts toujours aussi vifs des procédures sociales et scientifiques normées, l’urgence n’est-elle pas aujourd’hui de mettre en œuvre une résistance de l’analyse ? Quand l’Etat veut se saisir de la psychanalyse, quand tout le mouvement social pousse vers la garantie et la certification, cette résistance de la psychanalyse cesse d’être une question simplement interne aux sociétés de psychanalyse.
Enfin le mot même de « résistance » rend compte des enjeux qui ont dominé l’histoire du mouvement analytique. Parce que, dans l’histoire des hommes, des filiations, des théories, l’un des moteurs de la transmission est le conflit, l’histoire de la psychanalyse est marquée par des ruptures et des scissions. La naissance de l’APF s’est inscrite dans l’un de ces moments.

Auteurs : Catherine Chabert, François Gantheret, Michel Gribinski

L’Annuel de l’APF, Résistances.
Association psychanalytique de France, 2005


Petite route du Tholonet

Forçant sur sa carcasse, l’obligeant à suivre, Paul Cézanne s’avance, sans cesse, vers Sainte-Victoire, l’éternellement belle, l’intemporelle à chaque instant naissante, jamais atteinte. Tout comme bien d’autres offrandes qui m’ont été adressées et que je n’ai pas su recevoir, j’ai perdu Jeanne parce que je voulais la posséder, parce que je voulais m’achever en elle et que, heureusement, elle s’y est refusée, non par quelque fierté, mais pour demeurer en elle-même comme demeurent, résident en leur être, intangibles, les pommes de Cézanne, les hommes debout de Giacometti, Sainte-Victoire.

Collection L’un et l’autre, Gallimard.
Parution : 10 mars 2005


Les corps perdus

« À part ces interventions de la police, les prisonniers mouraient. on ne savait trop de quoi, et on ne s’en souciait pas. De maladie, de froid, de consomption… Certains ne duraient guère. D’autres, au contraire, très longtemps.
Le sergent savait que l’un d’eux, au moins, pourrissait dans son trou depuis plus de vingt-cinq ans. Il s’était fait, à son sujet, une réflexion qui l’avait beaucoup troublé : un tel homme, s’était-il dit, pour durer aussi longtemps, ne devait guère tenir à la vie ! »

Dans un pays du Maghreb, Andrès, journaliste, est prisonnier depuis cinq ans, détenu au fond d’un puits. Dans la montagne, Tamia survit dans l’espoir de retrouver son amant, incarcéré dans ce même bagne. Par miracle, une nuit, Andrès parvient à s’évader. Pris en charge par Tamia, ils vont partir ensemble à la recherche de la vérité…
Un premier roman très noir, mené avec beaucoup de justesse, sur le mensonge et la trahison, où la beauté de la nature devient la seule lueur d’espérance.

Gallimard, 8 avril 2004.
Réédition : Folio, Gallimard, 6 novembre 2008


Libido Omnibus

et autres nouvelles du divan

Pourquoi n’y a-t-il, dans le tiroir, qu’une seule chaussette de chaque paire ?
En quels limbes errent les jumelles disparues ?
L’homme du XXIème siècle triomphera-t-il des cafards ?
Le Grand Chauve au Col Roulé est-il le dernier des serial killers ?
La chouchou est-elle comestible, et comment doit-on la consommer ?
Ces questions capitales pour notre époque trouvent ici leur réponse, et les perspectives qui s’ouvrent ne sont guère rassurantes : Libido, victime d’un virus inconnu, hoquette… Des joufflus jusque-là florissants se dessèchent et meurent…
Et pourtant, des divans, monte encore le rire des inconscients !

L’Arpenteur, 1998.
Réédition : Folio, Gallimard, novembre 2001


Moi, Monde, Mots

La poésie se soucie peu de la psychanalyse ; et la psychanalyse n’a rien de très pertinent à dire de la poésie. Et pourtant, en l’une comme en l’autre, s’exerce un pouvoir, ordinairement ignoré, que recèlent les mots. Les mots disent le monde, le souvenir du monde ; ils sont des miroirs nostalgiques où nous ne cessons de nous contempler, de nous regretter. Mais il est une façon de les écouter, de nous laisser les dire et les entendre, qui permet parfois, fugitivement, l’accès aux trésors qu’ils portent, aux traces toujours vivantes qui palpitent en eux. Lorsque cela advient, même de si brève façon, alors…
Alors le monde est autre, nouveau comme au premier jour, le tain du miroir est tombé et ce n’est plus nous que nous voyons, mais d’autres visages que nous ignorions, les autres multiples de notre visage ; car nous laisser dire les mots, c’est les laisser nous dire. Alors nous regardons, depuis l’horizon, nous voyons depuis l’entour de nous. Alors, Joë Bousquet peut remercier Paul Éluard : « Vous avez permis que je devienne celui qui dans ma voix m’écoute. »

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 5 novembre 1996


Incertitude d’Éros

Éros est un rôdeur de barrières. Là où il s’arrête n’est déjà plus ce à quoi il aspire ; là où, pour l’instant, il n’est pas encore allé, là se tient l’objet invisible, le seul objet, terra ignota. Ainsi se tracent les frontières, les limites entre le totalement identique et le radicalement étranger.
Ce livre rôde sur les mêmes frontières : celles qui délimitent un espace psychique. Il tente, sans jamais lâcher l’appui de la clinique, d’en comprendre l’édification, les fragilités, les déplacements. Entre le corps biologique, le réel sociopolitique, l’antériorité d’une généalogie, et le fantasme qui les rêve, quelle distance, quelles reprises, quels empiétements destructeurs ?
En ces confins sourd, toujours vive, l’énergie libidinale, et naît la pensée qui tente de la lier, de l’épuiser. Il arrive que dans un suspens, par un fugitif pas de côté, l’homme se saisisse de ce qui, ainsi, le constitue : dans le mouvement de la création. Il est ici affirmé que c’est aussi celui de l’interprétation proprement psychanalytique.

Collection Connaissance de l’inconscient, Gallimard.
Parution : 1er novembre 1984


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