André Beetschen


Le corps de psyché

Nul ne s’émancipe de vingt-cinq siècles d’une conviction dualiste qui, depuis Platon, oppose radicalement l’âme et le corps, et formate à notre insu nos catégories de langue et de pensée. Tout de l’expérience psychanalytique pourtant, celle de ce « corps étranger interne » qu’est l’inconscient, contribue à brouiller des distinctions trop claires. Il n’est de processus « psychique » qui, à l’image de l’angoisse ou du plaisir, ne dispose de son trajet somatique. Mais Psyché ne se contente pas de passer par le corps, elle en détourne les fonctions, à l’image de la faim de la boulimique, de la constipation chronique de l’obsessionnel ou de l’hypertension du patient « psychosomatique ».
La psychanalyse navigue entre deux écueils, celui d’une différence de nature entre corps et psyché à l’image du dualisme cartésien, ou inversement, celui d’une identité à la Groddeck, qui en vient à supprimer l’hétérogénéité du corps, du soma biologique. Le premier écueil ignore à quel point Psyché est corporelle, le second réduit toute pathologie somatique (cancer compris) à un phénomène psychique. Où s’arrête le corps de Psyché, où commence le soma du biologiste ?
« Psyché est corporelle, n’en sait rien ».

Auteurs : Jacques André, André Beetschen, Isée Bernateau, Catherine Chabert

Avec Françoise Coblence, Alexandrine Schniewind, Gérard Szwec.
Collection Petite bibliothèque de psychanalyse, PUF.
Parution : 17 avril 2013


L’accomplissement et l’atteinte

Le sentiment de culpabilité qui, avec la honte et autrement qu’elle, oppose une « digue psychique » à l’excès de la pulsion, est dans un rapport étroit à « l’amour insatisfait », au déplaisir et à l’hostile.
Avec le caractère paradoxal du sentiment inconscient de culpabilité se précise comment accomplissement et renoncement pulsionnels orientent le couple narcissisme-destructivité, lui-même habité par la tension identification-pulsion de mort. S’en trouve éclairée la complexité du sur-moi, avec sa double origine et la nature de son attaque cruelle, avec le mouvement d’intériorisation qui lui confie, dans le dépassement de l’illusion religieuse, la mémoire d’un acte meurtrier.
Le sentiment de culpabilité, effet du refoulement de l’acte infantile, protège, jusque dans l’inhibition de pensée – où l’auteur est soumis à l’agent – du retour de l’angoisse et de son inconnu.

In Revue française de psychanalyse, tome 67, n°5, Honte et culpabilité, congrès de Lyon.
Parution : décembre 2003


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