L’APF

Ses orientations en matière de formation, son histoire, et son fonctionnement.

SOMMAIRE

Des choix décisifs
Un esprit de recherche et de découverte
Former des psychanalystes
L’extraterritorialité de l’analyse personnelle vis-à-vis de l’institution
Une culture de liberté
Le parcours des analystes en formation
Une conquête
Quelques mots sur l’histoire
Organisation
Les membres de l’Association et ses différentes instances
L’Institut de formation
En pratique : le cursus de formation
Admission à l’Institut de formation
Les cures supervisées, élément essentiel de la formation
L’enseignement, les échanges scientifiques, la recherche
L’homologation du cursus de formation
L’élection des membres

L’Association psychanalytique de France (A.P.F.), fondée le 9 juin 1964, stipule dans l’article 3 de ses statuts qu’elle « a pour objet d’apporter sa contribution à la découverte freudienne et à la recherche en psychanalyse, et de former des psychanalystes selon les normes qui lui sont spécifiques. Elle est une société composante de l’Association Psychanalytique Internationale (API)  »

Voilà énoncés sommairement les objectifs et les choix qui rassemblent les membres de l’APF sur la lancée d’un mouvement dont nous retracerons l’histoire avant de préciser les dispositions qui en résultent concrètement en particulier du point de vue de la formation.

Des choix décisifs

Commençons par définir les options auxquelles renvoient de la façon la plus sobre qui soit chacun des termes du préambule qui vient d’être cité. S’étant forgées au cours de l’histoire elles font l’originalité de ce mouvement psychanalytique.

  1. La psychanalyse est considérée non pas comme une théorie du fonctionnement psychique appliquée par des professionnels à la prise en charge thérapeutique de patients mais, suivant le chemin inverse – d’ailleurs en tous points fidèle à la démarche freudienne – comme étant avant tout un procédé d’investigation d’où résulte une méthode de traitement, tandis que les notions psychologiques acquises par cette voie ne se rassemblent que secondairement en une discipline théorique laquelle n’est jamais fixée définitivement. C’est parce qu’elle s’inscrit sur ce vecteur, allant de la clinique à la théorie, avec bien entendu des effets de retour, que l’APF se définit en première intention par sa fonction de recherche. Les générations d’analystes qui ont pris le relais des fondateurs soutiennent l’ardente volonté de maintenir vivant cet esprit de découverte qui les engage personnellement, dans leur propre relation à l’inconscient, et qui caractérise l’œuvre de Sigmund Freud dont les constructions inachevées, et si souvent remaniées par lui-même, ne cessent d’être « remises sur le métier » à partir de l’expérience et des connaissances acquises par l’approfondissement de la pratique : cela aussi bien dans les cures de névrosés que dans celles de patients à première vue moins aptes à tirer profit d’une approche analytique. Ainsi la tâche reste-t-elle infinie pour penser les formes agissantes du transfert, la nature des représentations inconscientes et des résistances, l’enfouissement et les résurgences de la sexualité infantile, les tribulations du moi soumis aux attaques pulsionnelles, aux contraintes internes ainsi qu’aux exigences de la réalité : tâche pratique et théorique, œuvre transmissible aussi portant sur l’exploration de cette terre étrangère interne qu’est l’inconscient.
  2. L’APF se donne pour mission de former des psychanalystes. Mais comme le précise le texte fondateur, elle poursuit cet objectif selon les « normes » qui lui sont propres. Cette référence à des « normes » peut surprendre mais elle recouvre un enjeu essentiel : « normes spécifiques » est à entendre par opposition aux modalités de formation qui s’imposaient naguère dans toutes les sociétés composantes de l’API comme étant précisément les « normes générales » auxquelles il fallait s’ajuster – celles-ci restent d’ailleurs en vigueur dans de nombreux pays. Nous reviendrons sur les conditions qui ont amené en 1971-72 les membres de l’Association, sous l’impulsion notamment de Jean Laplanche et de J.-B. Pontalis, à se démarquer radicalement de ces modèles par la suppression de l’analyse didactique, ou analyse de formation, considérée jusque-là comme étant à la base du cursus. Elle imposait à celui qui envisageait de devenir psychanalyste, d’entreprendre une cure avec un « didacticien » patenté qui avait en même temps pour fonction d’accompagner la réalisation de ce projet dans la réalité ou d’y mettre éventuellement un frein. En d’autres termes elle plaçait l’analyse du candidat sous contrôle institutionnel. Il n’est pas difficile de comprendre à quel point cette double fonction endossée par l’analyste, cette duplicité, pourrait-on dire, de celui qui tout en focalisant le transfert détenait en même temps un pouvoir réel sur le destin de celui qui se livrait à lui, était de nature à compromettre la possibilité même de l’analyse. D’ailleurs celle-ci se trouvait déjà mal engagée si elle se fixait un objectif défini, s’alignant sur une « représentation-but » d’ordre professionnel. Comment laisser place aux effets de déliaison, au libre jeu des associations et du transfert si l’analyste est en position d’interférer ultérieurement dans la réalité avec les projets de son patient et si celui-ci est animé par le souci de se faire agréer ? Positivement, la suppression de « la didactique » qui fut l’un des actes les plus marquants et les plus novateurs au regard des modèles en vigueur, est venue poser comme une exigence intangible l’extraterritorialité de l’analyse personnelle vis-à-vis de toute forme d’ingérence institutionnelle. Cela signifiait concrètement que plus jamais l’analyste d’une personne désireuse d’entreprendre la formation n’interviendrait de quelque façon que ce soit auprès de ses pairs pour donner un avis concernant son parcours et ses aptitudes, pas plus qu’il n’aurait à l’accompagner dans ses démarches. L’analyse personnelle n’en reste pas moins, bien évidemment, la condition première d’un engagement dans la formation, mais nul autre que le candidat lui-même n’aura à en rendre compte. A l’APF un corollaire logique de ce « principe d’extraterritorialité » est d’accueillir des candidats à la formation sans tenir compte de leur « divan d’origine », comme on dit, c’est à dire sans que le statut et l’appartenance ou la non appartenance de leur analyste à telle ou telle société soient des critères a priori de sélection.
  3. Instruits par leur expérience sur laquelle on reviendra, particulièrement avertis quant au risque de voir s’infiltrer dans le champ même de la psychanalyse toutes sortes de croyances et d’idéologies, et sachant à quel point l’esprit humain est influençable, les fondateurs de l’APF ont voulu insuffler dans cette association une culture de responsabilité, de liberté et d’autonomie qui s’est traduite dans leur façon de concevoir la formation et l’enseignement. On y reconnait le souci de dégager ceux qui désirent se former à l’exercice de la psychanalyse de l’emprise des tuteurs et des maîtres à penser, lesquels, en vérité, empêchent plutôt de penser, dans la juste mesure où ils usent de leur pouvoir dans le cadre institutionnel et où surtout ils encouragent les identifications au détriment de la créativité, du doute, de l’esprit critique, et de la réflexion personnelle. La source de cette liberté tient bien sûr avant tout à la cure elle-même et aux effets que l’on peut en attendre, d’où l’attention portée, comme on vient de le voir, à préserver autant que possible cet espace intime des ingérences extérieures, de telle sorte que l’analyse puisse véritablement avoir lieu (principe d’extraterritorialité). Mais ces exigences ont eu d’autres prolongements dans la façon de penser le « cursus » selon un principe d’autogestion de ses apprentissages par celui que l’on n’appela plus « élève », mais « analyste en formation ». La personne dont la candidature a été acceptée n’est en aucune façon prise en charge dans un système de type scolaire ou universitaire. Si les cures supervisées constituent le support essentiel de sa formation, il appartient au sujet de choisir ses « contrôleurs » et de demander, au moment qu’il jugera opportun, la validation de son travail dont il aura lui-même à rendre compte sans que cette fonction ne soit déléguée à celui ou celle qui l’a accompagné. Concernant l’enseignement c’est encore à l’analyste en formation et à lui seul qu’il appartient de choisir les séminaires et groupes de travail auxquels il souhaite participer. De même pour les débats et entretiens scientifiques auxquels il est invité d’emblée à prendre part activement. Il lui sera possible aussi d’exercer précocement des responsabilités dans différentes instances de l’Association. Une grande part d’initiative lui revient donc. De son côté l’institution se veut largement ouverte à différents courants de pensée. Les exigences et les idéaux qui présidèrent comme nous le verrons à sa fondation gardent aujourd’hui leur vigueur pour assurer la liberté d’expression attendue du discours scientifique. Si la psychanalyse comme « travail de culture » ne se réduit pas à être une pratique psychothérapique parmi d’autres, elle ouvre à de féconds échanges avec ces « sciences humaines » que sont la linguistique et l’anthropologie aussi bien qu’avec la philosophie, la littérature et la poésie par les liens de langage qu’elle tisse avec l’originaire. S’y ajoute l’attention portée au progrès des connaissances dans le champ des neurosciences. Introduits dans ce forum les analystes en formation sont invités à en tirer le meilleur profit. C’est bien d’autogestion qu’il est question pour eux, pas d’autodidactisme. L’image souvent employée est celle d’un enseignement « à la carte », c’est-à-dire avec un menu dans lequel l’analyste est libre mais quand même obligé de choisir. Il aura in fine à rendre compte de son parcours lorsque, ayant obtenu les validations de deux cures supervisées successives, il demandera l’homologation de son cursus.
  4. Telles sont les marques distinctives auxquelles tient l’APF : esprit de recherche et de découverte, extraterritorialité de l’analyse personnelle, autogestion de leur cursus par les analystes en formation, large ouverture au champ des connaissances et de la culture sous tous ses aspects. Peut-être représente-t-elle par là-même une force dynamique et questionnante au sein de l’Association psychanalytique internationale dont elle est une société composante comme il est dit au préambule des statuts. La référence à cette instance tierce, dont on rappellera qu’elle avait été mise en place par Freud en 1910 pour préserver la psychanalyse de dérives peu compatibles avec ses principes éthiques, garde de ce point de vue une fonction essentielle et se trouve à la base des relations intercommunautaires. Ce rattachement a représenté comme nous allons le voir un enjeu important dans l’histoire de l’APF.

Une conquête

Au départ de cette aventure se trouvent les conflits qui en 1963 paralysèrent le fonctionnement de la Société Française de Psychanalyse (SFP) créée dix ans plus tôt par Jacques Lacan. Les divergences au sein de ce groupe portaient sur des questions d’ordre à la fois théorique et pratique se répercutant notamment sur la façon de concevoir la formation des futurs analystes. Les dissensions furent telles qu’elles finirent par entraîner l’éclatement de cette éphémère société en deux groupes : d’un côté naquit l’Association psychanalytique de France, rassemblant autour de Daniel Lagache, son premier président, les analystes et élèves de la SFP qui contestaient les orientations et les méthodes de Lacan, tandis que ce dernier regroupait de son côté ses disciples les plus fidèles pour créer sa propre École Française de Psychanalyse, bientôt rebaptisée École Freudienne de Paris.

La SFP était elle-même issue d’une première scission, laquelle s’était produite en 1953 sous l’effet de divergences dont l’enjeu principal concernait lui aussi la formation. Dans ces années d’après-guerre, le mouvement psychanalytique français, représenté exclusivement par la Société Psychanalytique de Paris (SPP), sortait à peine de la clandestinité et du silence auxquels l’occupation nazie l’avait contraint. La paix revenue, tout ou presque était à reconstruire. L’aide généreuse de Marie Bonaparte et d’analystes autrichiens ou allemands émigrés aux États-Unis se révéla très précieuse pour la création à Paris d’un Institut chargé de la formation et de l’enseignement de la psychanalyse. C’est le fonctionnement de cet Institut, qui fut à l’origine de conflits de pouvoir et de dissensions qui iront jusqu’à provoquer la rupture.

Les affrontements se personnalisèrent autour des têtes de file qu’étaient Sacha Nacht et Jacques Lacan. Le premier voulut imposer un modèle de formation qui suscita la fronde d’élèves soutenus par certains membres titulaires dont précisément Jacques Lacan, lequel avait été élu président de la Société. La crise éclata en juin 53. Se trouvant en minorité, Lacan fut obligé de se démettre de ses fonctions. Juliette Favez-Boutonnier, Françoise Dolto et Daniel Lagache, opposés aux initiatives de Nacht, démissionnèrent de la SPP en annonçant la création d’un nouveau Groupe d’études et de recherches freudiennes, cette fameuse Société française de psychanalyse (SFP) dans le cadre de laquelle ils organisèrent aussitôt leur enseignement sur la base principalement de séminaires cliniques. Ils furent rejoints par Lacan et par la moitié des analystes en formation à la SPP, parmi lesquels figuraient bon nombre de ses propres analysants. De là viendront ceux qui, dix ans plus tard, présideront aux destinées de l’APF.

Fidèle à l’héritage freudien, la SFP voulut en même temps s’ouvrir, sur le plan scientifique, à une grande pluralité d’apports : l’enthousiasme qu’elle suscita restera source de fierté et de nostalgie pour ceux qui participèrent à cette épopée. De grandes figures ont marqué cette période comme celles de « la troïka » réunissant Wladimir Granoff, Serge Leclaire et François Perrier. La nouvelle société créa une revue, intitulée La Psychanalyse, où furent publiés des travaux qui aujourd’hui encore sont lus avec un vif intérêt.

Mais les fondateurs de la SFP n’avaient guère prêté attention au fait qu’en démissionnant de la SPP ils quitteraient du même coup la communauté psychanalytique internationale représentée par l’API. D’aucuns œuvrèrent alors avec beaucoup d’énergie pour tenter d’y reprendre place en cherchant à obtenir la reconnaissance de la SFP comme société composante de l’organisation. Ce fut en vain. Les efforts menés dans cette direction, notamment par Granoff, butèrent sur ce que les instances exécutives de l’Association internationale stigmatisèrent comme « insuffisance de la formation et des capacités d’enseignement du groupe » en observant la place prépondérante qu’avait prise Lacan dans la formation à la SFP. Parmi les pratiques qui posaient question, les séances à durée variable, se réclamant du principe de la « scansion », ont souvent été mises en avant ; elles constituaient un point litigieux, mais il s’avéra par la suite qu’au sein même de la SFP, une autre pratique de Lacan était encore plus difficile à admettre : le « maître » proposait à ses analysants de participer à son séminaire, sans égard aux effets transférentiels qui résultaient de cette confusion des espaces favorisant l’instauration entre lui et ses patients-élèves d’une relation d’emprise difficilement compatible avec l’éthique analytique et avec les principes mêmes de la méthode.

En 1961, au Congrès d’Édimbourg les instances exécutives de l’API, acceptèrent néanmoins de reconnaitre la SFP comme « groupe d’étude » (selon une classification toujours en vigueur qui en faisait le 1er niveau d’intégration). Mais elles lui imposaient en contrepartie de se laisser accompagner par un « Comité ad hoc » chargé de mesurer son aptitude à respecter un ensemble de directives précises concernant le déroulement de la formation. Lacan fut invité à se plier à ces exigences, faute de quoi il devrait se démettre de ses fonctions d’analyste didacticien. Si la majorité de la SFP jugea peu acceptable cette pression exercée par l’API sur l’un de ses membres les plus éminents, elle décida néanmoins de temporiser en espérant que ce dernier ferait preuve de souplesse. Mais il resta intraitable, ce qui aggrava la situation et rendit irréversibles les divisions à l’intérieur de la SFP. En 1963, lors de son congrès de Stockholm, l’API renouvela ses recommandations et insista pour que Lacan ne figure plus sur la liste des membres titulaires habilités à l’analyse didactique et aux cures contrôlées qui constituaient alors les pièces maîtresses du cursus de formation. En octobre de la même année, sur la proposition de Daniel Lagache, Georges Favez, Juliette Favez-Boutonnier et Wladimir Granoff, la SFP entérina la radiation de Lacan de la liste des analystes habilités à l’analyse didactique, par une « motion d’ordre » suivie d’un vote en Assemblée générale. Telles furent donc les conditions dans lesquelles se produisit en 64 la seconde scission précédemment évoquée. Fondée par Jean Laplanche, Jean-Claude Lavie, et Daniel Widlöcher, l’Association psychanalytique de France regroupait les analystes qui avaient souhaité réintégrer l’API en acceptant ses principes ; de son côté l’École Freudienne de Paris rassemblait sous l’égide de Lacan ceux qui avaient refusé de se soumettre aux exigences de l’instance internationale.

Dans la nouvelle association se retrouvèrent, outre les personnalités évoquées plus haut, d’autres figures marquantes comme celles de Didier Anzieu, Jean-Bertrand Pontalis, Victor Smirnoff… Guy Rosolato vint les rejoindre en 67, après avoir démissionné de l’École Freudienne de Paris. Un peu plus tard, en 69, plusieurs compagnons de route de Lacan, parmi lesquels Piera Aulagnier, François Perrier, Jean-Paul Valabrega et Nathalie Zaltzman allaient se séparer de lui à leur tour pour constituer une nouvelle société, le Quatrième Groupe, Organisation psychanalytique de langue française (OPLF).

Au cœur de ces affrontements les désaccords portant sur la formation des analystes occupaient donc une place essentielle. Stigmatisant le « discours du maître », Lacan n’en était pas moins l’incarnation. Capable de cumuler auprès des mêmes personnes les fonctions d’analyste, de formateur et d’enseignant, il devenait pour certains la référence absolue. Son opposition à l’ingérence d’une instance tierce, comme celle que représentait au moins symboliquement l’API, avait à cet égard valeur de symptôme. Le geste fondateur de l’APF fut l’expression d’une prise de distance radicale vis-à-vis de ces formes d’inféodation qui pérennisent l’aliénation aux objets transférentiels. Cette rupture fut un acte de liberté particulièrement exigeant pour nombre des fondateurs de l’association dont Lacan avait été l’analyste.

Leur choix n’a jamais cessé, jusqu’à aujourd’hui, de produire ses effets, ceux-là-mêmes que nous avons détaillés au début, à commencer par la suppression de l’analyse didactique.

L’APF a toujours eu pour idéal, en assurant son indépendance et son originalité, de faire place à la diversité des points de vue dans un esprit de tolérance critique. Cela n’empêche évidemment pas, bien au contraire, que différents courants aient pu se former en son sein, donnant lieu le cas échéant à des affrontements parfois vifs, et ce d’autant plus qu’ils étaient portés par des convictions fortes, issues de l’expérience clinique et prenant appui sur des travaux conséquents. L’association sut néanmoins tolérer et surmonter ces divergences, même quand elles mirent en péril ou menacèrent de paralysie la vie de l’Institut de formation.

Si certaines pratiques de Lacan ont été désavouées, son influence n’a par ailleurs jamais été démentie. Le « retour à Freud » qu’il avait originellement soutenu avec force eut des effets durables. Le célèbre « Vocabulaire de psychanalyse » publié par J. Laplanche et J.-B. Pontalis en 1967, à une époque où les textes freudiens n’étaient que très partiellement disponibles en français, s’inscrit dans cette perspective. La nouvelle traduction des œuvres complètes témoigne d’une préoccupation similaire avec le souci de rester au plus près du texte originel, non pour le sacraliser mais au contraire pour être en mesure de le « faire travailler », de le discuter ou le critiquer mais sur des bases fiables, sans se laisser égarer par la dimension parfois trop interprétative de certaines traductions. Les « Problématiques » de Laplanche s’inscrivent dans ce même mouvement. On peut en dire autant des travaux de Granoff ou de Rosolato, ou encore de l’enseignement d’analystes tels que Robert Pujol et Jean-Claude Lavie dont la filiation lacanienne se manifeste notamment par l’attention qu’ils portent au langage dans la cure. On en trouverait aussi l’écho dans la manière dont certains ont repris en l’élargissant la question des signifiants qui ne sont pas que linguistiques : « signifiants énigmatiques » de Jean Laplanche dans sa « théorie de la séduction généralisée » (il préférera cependant parler plus tard de « messages énigmatiques »), « signifiants de démarcation » de Guy Rosolato, ou encore « signifiants formels » de Didier Anzieu liés à sa conception du « Moi-peau » et des enveloppes psychiques… Daniel Widlöcher ouvre une voie originale autour de la « co-pensée » et de la « présentation d’action », deux axes dont la bifurcation anticipe sur les débats contemporains. Beaucoup d’autres apports, bien sûr, sont venus enrichir la réflexion, tels que ceux par exemple de D.W. Winnicott, pour ne citer que cet auteur, dont les écrits ont été mis à la disposition du plus grand nombre par les traductions, notamment, de Michel Gribinski.

Depuis ses origines l’APF investit fortement la communication écrite avec une abondante production d’ouvrages et d’articles dont on trouvera sur le site une liste régulièrement mise à jour. Parmi les revues publiées non point par l’APF, mais par certains de ses membres, la Nouvelle Revue de Psychanalyse éditée de 1970 à 1994 sous la direction de J.-B. Pontalis est l’un des témoignages les plus vivants de l’esprit d’ouverture et de recherche laissés en héritage à ceux qui sont venus ensuite : choisir les thèmes à partir des mots que l’on croit simples de la langue commune pour échapper aux notions théoriques répertoriées (telles que les questions commandent les réponses), induire le trouble de penser sans quoi la pensée laisse place à la croyance, faire l’épreuve de l’étranger mobilisant le transfert dans l’ouverture à des auteurs venus d’ailleurs (qu’il s’agisse de leur pays, de leur discipline ou de leur pensée singulière), éviter aussi bien l’exégèse des textes que l’application d’une science, se libérer de toute appartenance à une institution comme de toute allégeance à la parole d’un maître, rendre sensible l’animation de l’inconscient, rendre son travail intelligible sans prétendre le maîtriser, telles furent les orientations de cette revue qui fit souffler un vent de liberté et de créativité dans le champ de la psychanalyse. D’autres ont suivi qui, chacun avec leur originalité, ont gardé quelque chose de cet héritage inépuisable : citons Le fait de l’analyse qui fit place à Penser, rêver sous la direction de Michel Gribinski, L’inactuel, sous la direction de Marie Moscovici, ou encore Les libres Cahiers de la psychanalyse, sous la direction de Jean Claude Rolland et de Catherine Chabert. La collection Connaissance de l’inconscient chez Gallimard, fondée par J.-B. Pontalis et reprise aujourd’hui par Michel Gribinski a publié un grand nombre d’ouvrages de référence tandis que les « petits bleus » (Petite bibliothèque de psychanalyse) publiés par les P.U.F. sous la direction de Jacques André suscitent un intérêt suffisamment fort pour échapper aux difficultés éditoriales qui atteignent aujourd’hui les écrits scientifiques. Ces évocations ne donnent qu’une vue très partielle des ouvrages publiés dans d’autres collections sous la plume par exemple de J. Laplanche, P. Fedida, G. Rosolato, L. Kahn, E. Gomez Mango, J.-Cl. Rolland, D. Widlöcher, P. Merot… pour ne citer qu’eux. Sous la direction première d’André Beetschen, suivi de L. Kahn puis de P. Merot, l’APF publie annuellement un recueil de conférences prononcées lors de ses colloques et de ses débats du samedi.

Organisation

Un mot de l’organisation : L’APF comme toute association comporte des membres actifs (81 en 2016) et des membres honoraires (23 en 2016). Quelques-uns ont été élus de surcroît membres d’honneur en signe de reconnaissance pour ce qu’ils nous ont apporté. Depuis les origines de l’APF ils sont 6 à avoir reçu cette distinction : Lang, Laplanche, Lavie, Pontalis, Rosolato et Widlöcher.

Les membres actifs se répartissent en deux catégories :

–  celle des sociétaires (48 en 2016),
–  et celle des titulaires (34 en 2016).

Viennent ensuite les psychanalystes dont le cursus a été homologué (46 en 2016) et ceux qui sont en formation (153 en 2016).

Les membres actifs de l’APF, titulaires et sociétaires, sont ipso facto membres (full-members) de l’Association Psychanalytique Internationale. Parmi les sociétés composantes de cette API, les classifications diffèrent. Les sociétaires de l’APF ont le même statut que les titulaires d’autres sociétés. Les titulaires de l’APF sont ipso facto formateurs (training analysts dans la classification de l’API) au même titre que les « titulaires formateurs » d’autres sociétés (ou les « didacticiens », pour celles qui ont conservé cette fonction). Le statut des analystes de l’APF ayant homologué leur cursus équivaut à celui des membres adhérents ou associés dans d’autres sociétés.

Classifications
API APF dans d’autres sociétés composantes
Full members Training analysts Titulaires « Titulaires formateurs »
members Sociétaires Titulaires

 

Associate members Analystes au cursus homologué Membres adhérents ou Associés

 

Candidates Analystes en formation Elèves, candidats

 

Les  titulaires, élus par leurs pairs, figurent sur la liste des analystes en exercice à l’Institut de formation, et sont seuls habilités à pratiquer des supervisions dans ce cadre. Certaines fonctions administratives leur incombent par ailleurs. Ils se réunissent en Collège quatre fois par an pour élire les nouveaux membres, homologuer les cursus des analystes en formation et traiter, à la demande du conseil d’administration, tout problème d’importance touchant à la vie de l’association. Si les circonstances l’imposent ils se réunissent en tant que comité d’éthique.

Les sociétaires participent à l’activité scientifique de l’Association et à sa politique (dans le cadre notamment des Assemblées générales), ils peuvent exercer des fonctions d’enseignement, notamment à travers l’animation de séminaires, et prennent part à un certain nombre de responsabilités administratives au sein du Conseil d’administration et de différents comités.

 

Un rôle important incombe au Conseil d’administration, dont les membres élus pour deux ans sont un Président, deux Vice-Présidents, un Secrétaire général, un Secrétaire scientifique, et un Trésorier. Il leur revient non seulement de gérer les affaires courantes de l’APF mais aussi de proposer des orientations et d’animer la vie de l’Association notamment par la programmation et la réalisation des activités, ce à quoi contribuent différents comités (comité scientifique et comité de l’enseignement) lesquels sont constitués à chaque renouvellement du Conseil. L’APF dispose en outre d’un comité des publications qui édite périodiquement un recueil des principales conférences faites au cours de l’année. L’APF dispose par ailleurs d’un bulletin à usage strictement interne, intitulé « Documents et Débats », rédigé sous la direction de l’un des vice-présidents. Un programme des activités est envoyé chaque année à tous les membres et analystes en formation.

L’Institut de formation, dirigé par le président de l’APF, regroupe tous les titulaires mais ceux-ci désignent parmi eux 9 membres qui constituent le Comité de formation. Il revient à ce comité de se prononcer sur les candidatures à l’Institut de formation (admission au cursus), et sur la validation des supervisions. Le Comité de l’enseignement rattaché à l’Institut, s’occupe plus directement de la mise en place des séminaires et groupes de travail. Il édite chaque année le programme de ces activités ainsi que des Conférences-débats, Entretiens scientifiques et Journées Ouvertes.

Une Assemblée générale ordinaire à laquelle sont convoqués tous les membres se réunit une fois par an pour entendre et voter les différents rapports d’activité présentés par le Conseil.

Le fonctionnement de l’institution et les attributions de chacun sont précisés dans les statuts de l’Association et dans son règlement intérieur auquel le Conseil se trouve amené de temps en temps à apporter des modifications.

En pratique : le cursus de formation

L’admission à l’Institut de formation

Qui souhaite entreprendre une formation à l’APF adresse un courrier au secrétaire du comité de formation dont les coordonnées lui sont transmises par le secrétariat administratif. Si sa candidature est jugée recevable, il sera invité à prendre rendez-vous avec trois membres de ce comité qu’il choisira librement dans la liste qui lui aura été adressée. La condition première pour qu’une candidature soit prise en compte tient évidemment à l’analyse personnelle du candidat, laquelle peut d’ailleurs être en cours au moment où il entreprend sa démarche. Mais pour les raisons d’extraterritorialité définies précédemment, c’est au candidat et à lui seul qu’il appartient de se présenter (sans conditions, rappelons-le, portant sur le statut et l’appartenance de son analyste à telle ou telle société).

Venant à point nommé dans le déroulement d’un parcours analytique et sur un chemin de vie, portés par un désir, ces entretiens d’admission sont pris dans un mouvement qui, à travers leur succession, d’une rencontre à l’autre, d’une séance à l’autre, pourrait-on dire, témoigne des capacités d’auto-analyse du candidat vis-à-vis des effets transférentiels, des représentations, des identifications et des projections idéales qui se trouvent sollicitées en la circonstance. Sa candidature est un acte singulier, à la fois intime et social, dont lui seul est à même de parler en première intention. Il reviendra à ceux qui l’ont reçu et qui l’ont écouté de tenter d’évaluer ce qui l’anime au regard du but poursuivi et ce qu’il parait en mesure d’y investir. Ils s’en rapporteront au comité de formation. De la discussion des rapports sortira la décision d’admettre ou pas le candidat à la formation, lequel peut se représenter ultérieurement si sa demande est apparue comme prématurée.

Les cures supervisées

Sitôt admis le candidat est invité à entreprendre la première des deux cures supervisées qu’il aura à conduire successivement, la seconde après la validation de la première. Le cas de contrôle doit être celui d’un adulte susceptible de s’engager à trois séances par semaine. Il appartient à cet analyste de choisir son « contrôleur » ou « superviseur » sur la liste des membres titulaires qui pour n’être plus « didacticiens » n’en sont pas moins formateurs.

Ces cures contrôlées sont le support essentiel de la formation mais simultanément l’analyste est invité à participer sous sa propre gouverne, comme on l’a dit, aux activités qui sont proposées par les comités scientifiques et d’enseignement.

Il appartient à l’analyste en formation de demander lui-même, quand il s’y sent prêt, la validation de son contrôle. Il envoie alors un courrier au secrétaire du comité de formation qui désignera une commission de trois membres par laquelle il sera entendu. Il faut souligner que le souhait d’entendre en personne propre, et non par délégation, la parole singulière de l’analyste en formation va de pair avec le statut que l’APF donne à celui-ci dans la vie de l’association. Pour les validations, le superviseur est lui aussi entendu par la commission mais seulement en appoint, dans un second temps. C’est le Comité de formation qui, sur rapport de la commission, décide ou pas de la validation.

L’enseignement, les échanges scientifiques, la recherche

L’enseignement dans le cadre de l’APF n’est ni magistral, ni doctrinal, ni conçu par étapes : il consiste en activités de séminaires ou de groupes de travail de taille réduite, organisées autour d’un thème qui convoque des apports à la fois théoriques et cliniques, en ateliers de recherche, et autres espaces de rencontre : autour de la pratique, autour de thèmes particuliers, autour des écrits freudiens et autres œuvres psychanalytiques ou de travaux contemporains discutés avec les auteurs. Les analystes en formation ont toute possibilité d’organiser eux-mêmes de tels groupes de travail et des ateliers de recherche au sein même de l’Institut ou à l’extérieur, quand ils accueillent des participants qui ne font pas partie de l’association.

Les formes que prend l’enseignement à l’APF ont été l’objet, au fil des années, d’échanges et d’approfondissements. Ainsi est-il apparu que ces formes ne répondaient pas suffisamment aux souhaits d’échanges cliniques et théoriques des membres eux-mêmes, une fois leur cursus achevé. C’est pourquoi depuis 2006 et sous l’impulsion de Daniel Widlöcher, (qui a toujours soutenu la nécessité pour la psychanalyse d’être « en dialogue ») ont été créés des Ateliers de recherche clinique et conceptuelle (ARCC) : Ceux-ci réunissent dans le cadre de l’Association des analystes appartenant à différentes sociétés, auxquels peuvent se joindre divers chercheurs en sciences humaines intéressés par le thème de l’atelier. Les échanges cliniques et théoriques suscités par le travail de l’atelier peuvent faire l’objet d’une présentation dans l’une des journées scientifiques de l’Association.

Chaque année est marquée par différentes manifestations internes telles que les « Samedis débats » et les « Entretiens scientifiques » auxquelles s’ajoutent des Journées ouvertes qui visent un plus large public. Certains de ces colloques ont un caractère interdisciplinaire, faisant intervenir des spécialistes d’autres champs du savoir et de la connaissance pour échanger avec les psychanalystes. Les analystes en formation pourront être invités eux-mêmes à intervenir en tant que conférenciers dans ces débats, au sein de l’APF, comme d’ailleurs dans d’autres contextes.

L’APF est partie prenante de débats, colloques et congrès organisés en coopération avec d’autres sociétés. Il en est ainsi par exemple du Congrès des psychanalystes de langue française dont la SPP est principalement responsable mais à l’organisation duquel l’APF contribue quand il a lieu en France, c’est-à-dire une année sur deux. L’Association a toujours été active au sein de la Fédération européenne de psychanalyse (FEP) dont le siège est aujourd’hui à Bruxelles. Certains de nos membres en ont été présidents, secrétaires généraux… Les activités de l’API dont Daniel Widlöcher fut président, proposent d’autres espaces de travail et de réflexion ouverts aux sociétés composantes telles que l’APF.

Beaucoup d’analystes de l’APF pratiquent la psychanalyse avec des enfants, mais l’Association s’est toujours refusée à en faire une spécialité à part. Elle donne lieu à des séminaires, des groupes de travail et des supervisions librement choisies au sein de l’institution ou au dehors. Des membres de l’APF ont toujours apporté leur coopération à des sociétés qui s’intéressent électivement au travail avec les enfants.

Un vaste choix est donc offert aux analystes en formation qui peuvent aussi puiser à d’autres sources, extérieures à l’institution, universitaires et autres. Admis d’emblée à l’ensemble des activités d’enseignement et des activités scientifiques de l’APF, ils peuvent aussi participer à tous les niveaux de la vie institutionnelle (sauf pour la tâche spécifique impartie au Comité de formation) et ils concourent, au travail des Comités scientifique, d’enseignement et de publications. Ils peuvent être sollicités comme les membres pour des publications à moins qu’ils ne prennent eux-mêmes l’initiative d’écrire et de soumettre leur travail à qui de droit.

Leur participation à l’enseignement n’est soumise à un contrôle institutionnel qu’en fin de parcours, lors de la demande d’homologation.

L’homologation

Lorsque la validation du second contrôle est acquise, l’analyste en formation peut demander sitôt qu’il le souhaite l’homologation de son cursus auprès du secrétaire du Comité de formation. Ce comité propose généralement que le candidat soit reçu par l’un de ses membres, sous réserve de l’accord du Conseil. Mais cette instance (le Conseil) a toute liberté de proposer quelqu’un d’autre si, pour telle ou telle raison, cela parait plus judicieux. Le secrétaire général adresse alors un courrier au demandeur pour l’inviter à prendre rendez-vous avec le membre titulaire qui a accepté de l’entendre et d’être le rapporteur de sa demande auprès du collège des titulaires. Au cours de l’entretien, l’ensemble de sa participation aux activités d’enseignement est évoqué, que celles-ci se soient tenues dans le cadre de l’institut de l’APF ou en dehors de lui. Si le rapporteur émet un avis favorable et si, après discussion, personne n’a demandé que cette décision soit soumise au vote (lequel se fait alors à bulletin secret et à la majorité simple des membres présents), l’homologation est acquise.

L’élection des membres

Accès au sociétariat : L’homologation du cursus une fois acquise, l’analyste ayant achevé son cursus devra, s’il souhaite devenir membre sociétaire de l’APF, écrire un Mémoire qu’il adressera à tous les membres titulaires. Le Conseil désignera alors trois de ces membres titulaires avec lesquels le candidat prendra successivement rendez-vous. Ils seront, auprès du Collège, rapporteurs de sa candidature. Son élection sera soumise au vote à bulletin secret et à la majorité des deux tiers des membres présents.

 

L’éventuelle élection au titulariat suit le même rituel (trois rapporteurs au Collège et vote secret à la majorité des 2/3) mais elle ne s’inscrit pas sur la même trajectoire ; ce n’est pas l’achèvement et moins encore le « couronnement » d’une « carrière » ! La fonction de titulaire répond institutionnellement, comme indiqué précédemment, à des objectifs spécifiques sur le plan de la formation et de l’éthique psychanalytique, au sens le plus large, qu’elle a pour fonction de préserver contre certaines dérives. C’est-à-dire que les titulaires portent la responsabilité de garder à la psychanalyse sa force subversive par rapport à toute forme d’influence et d’emprise des uns sur l’esprit des autres, ce en quoi elle se différencie radicalement des formes de psychothérapies et d’éducation fondées sur la suggestion.

 

*****