Éditorial

Mars 2016

La psychanalyse cultive le paradoxe de souligner le déterminisme qui préside à nos « choix » (qu’il s’agisse « d’aimer ou de travailler »), d’inviter via le transfert à la répétition, et de se proposer comme une méthode guidée par l’espoir du changement psychique, celui de retrouver une part de liberté vis-à-vis de toutes les auto-entraves dont le sujet « se plaît » à s’entourer. Contre la tendance à reproduire, notamment les expériences les plus négatives, parfois jusqu’à la compulsion de répétition, elle nourrit la plus extrême des prétentions, celle de faciliter une liberté de désirer, de penser, voire d’être, autant dire de faire bouger les lignes les plus profondément tracées de la vie humaine. Ce faisant, la psychanalyse ne se contente pas de chercher la liberté, elle contribue à sa conception. Loin de « l’involontaire » d’une psychologie de la conscience, l’inconscient n’est pas une circonstance atténuante. Refoulement, censure, résistance, défense, clivage, projection, déni, surmoi mais aussi pulsion… la plupart des maîtres-mots de la théorie disent plus la servitude que l’autonomie. Et pourtant, en élargissant considérablement le champ de la responsabilité, en installant au cœur du sujet la part psychique la plus inconciliable, la psychanalyse pourrait bien contribuer à un renouvellement de la notion de liberté.  Qu’elle ait été et demeure insupportable à tous les totalitarismes, politiques ou religieux, est en soi une promesse.

Nous sommes beaucoup plus libres que nous le savons, beaucoup plus que nous ne le souhaitons. La liberté en psychanalyse a constitué le thème de la journée ouverte de l’APF du 23 janvier 2016, autour des trois conférenciers : Laurence Kahn, Bernard de la Gorce, Michael Parsons et de leurs discutants : Patrick Mérot, Catherine Chabert, André Beetschen.

La prochaine journée ouverte se tiendra le samedi 17 septembre 2016 (à l’ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent, 75007). Son thème : La folie de la norme. 

Avec l’Histoire de la folie, Michel Foucault inaugure sa réflexion sur les normes à partir des limites de la raison. La raison a besoin des normes, de l’exclusion, du négatif qui font apparaître la folie en la délimitant, en l’enfermant. Mais à se situer du côté du pouvoir et de ses excès, la norme peut servir cette folie qui réduit tout individu à un sujet, assigné par l’ordre politique, économique, juridique, symbolique à une place qu’il n’a d’autre choix que d’occuper. Le champ des normes ne cesse de s’accroître et de se complexifier.  L’idéal d’autonomie en tant que faculté d’agir librement, qui présidait à la critique salutaire des normes, tend à devenir une norme à son tour, jusqu’à la tyrannie, au risque de laisser l’individu dépressivement seul avec lui-même.

La psychanalyse est fondamentalement à l’écoute de la marge, du détail, du déchet, de ce qui, d’emblée ou après-coup, s’est trouvé exclu du champ de la conscience mais dont le retour, sous la forme de la pulsion et de sa folle exigence, fait souffrir et jouir celui qui s’adresse à un psychanalyste. On reproche parfois à la psychanalyse sa normativité, le malentendu ne s’installe-t-il pas quand le complexe d’Œdipe est seulement entendu comme une crise normative,  et qu’est méconnue sa face hors normes, sa combinaison de désirs incestueux et meurtriers indifférente à la différence des sexes comme des générations ?

Cette journée annuelle de septembre est l’occasion pour l’APF de s’ouvrir à d’autres approches. Alain Ehrenberg, sociologue, directeur de recherche au CNRS, Mireille Delmas-Marty, juriste, professeur au collège de France, joindront leur voix à celle de deux membres de l’APF : Claude Barazer et Christophe Dejours.

Jacques André

Agenda

  • Samedi 10 et dimanche 11 juin 2017
  • Samedi 11 et dimanche 12 juin 2016

La folie de la norme

  • samedi 17 septembre 2016

La psychanalyse a révélé la singularité de la sexualité humaine, son enracinement dans un sexuel infantile irréductible à toute norme : l’enfant est un pervers polymorphe. Lacan en soulignera l’effet social : « il y a des normes sociales faute de toute norme … Continuer la lecture

Guy Rosolato, passeur critique de Lacan (2016)

L’œuvre de Lacan a irrigué toute la psychanalyse française, elle l’a bousculée, provoquant des dissensions théoriques et des conflits institutionnels qui ont, pour une part, dessiné son identité d’aujourd’hui. Il reste que les deux courants, freudien et lacanien, restent très séparés et que les influences, rarement clairement affichés, passent souvent par des emprunts où la rigueur des concepts s’estompent […]